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Lien entre migration et développement – Intégrer la migration dans les processus nationaux en matière de développement

Date de publication: 
13/09/2012

La relation entre migration et développement n’est plus un sujet de discorde entre les praticiens du développement. Dans les pays où l'impact de la migration sur le développement, et vice versa, est significatif, la migration devrait être pris en compte dans la planification en matière de développement. Les décideurs politiques doivent en tenir compte à chaque phase de la planification, depuis l’analyse de la situation jusqu’à l’évaluation et au suivi. Le volume des transferts de fonds est un exemple couramment utilisé pour illustrer l'impact de la migration. Des recherches démontrent que, pour les migrants et leurs familles, la migration est vectrice d’importants bénéfices en termes de réduction de la pauvreté et de développement humain. Selon un rapport du FIDA de 2009[1] sur les transferts de fonds en Afrique, les 30 millions d’Africains qui résident ailleurs que dans leur pays d’origine à l’étranger ont apporté ensemble près de 40 milliards USD sous la forme d’envois de fonds à leurs familles et communautés. Pour la région africaine, les envois de fonds dépassent de loin l’aide publique au développement (APD), et pour nombre de pays, les investissements directs étrangers également.

Les interactions entre migration et développement ne sont pas seulement positives. Afin de mieux exploiter les bénéfices de la migration, les états africains doivent élaborer une approche proactive et non pas réactive, et définir des stratégies et des politiques qui leur permettent de saisir les opportunités offertes par la migration et tous ses aspects connexes. Certains pays africains ont entrepris des efforts en ce sens. Par exemple, le Sénégal et le Bénin font référence aux migrations dans leurs documents stratégiques relatifs à la réduction de la pauvreté, notamment en ce qui concerne l’utilisation des ressources et du potentiel de la diaspora, et la participation des expatriés à des activités liées au développement de leur pays d’origine. Certains pays, comme le Zimbabwe et le Kenya ont créé une unité migration+développement et une unité migration du travail au sein de leurs administrations respectives. Par ailleurs, des partenariats multi et bilatéraux entre pays, parfois avec le soutien des organisations internationales, sont en place ou à l’étude un peu partout en Afrique. Dans de nombreux pays africains, des initiatives impliquant un large éventail de parties prenantes sont en cours de mise en œuvre. Celles-ci inclues notamment la création de groupes thématiques sur les migrations pour soutenir les partenaires gouvernementaux et institutionnels dans l’élaboration de stratégies globales de gestion des migrations (Maroc) ; le renforcement des capacités en matière de gestion de la migration du travail (Algérie, Mali, Mauritanie, Maroc, Sénégal et Tunisie) ; renforcement des stratégies nationales et régionales visant à élargir la couverture sociale aux travailleurs émigrés et à leurs familles (Sénégal, Mali, Mauritanie, Ghana, Éthiopie, Afrique du Sud, Ouganda, Burundi, Kenya, Rwanda, Tanzanie et île Maurice) ; l’engagement des professionnels de la diaspora dans le secteur de la santé de leur pays d’origine (Somalie) ; assurer l’apprentissage de la langue aux enfants rapatriés (Burundi) ; l’acquisition et la reconnaissance des compétences avant le départ des migrants (Cap-Vert) ; la facilitation du transfert d’expertise à court terme par des expatriés hautement qualifiés dans les secteurs de l’agriculture, l’ingénierie, l’économie, la protection de l’environnement, l’éducation et la santé, entre autres (Rwanda) ; le transfert de compétences des migrants dans le domaine de l’aquaculture et de la pêche (Égypte) ; le renforcement des capacités institutionnelles grâce à la mobilisation de la diaspora et à l’apaisement des effets de la fuite de cerveaux dans les trois pays de la région des Grands lacs (Burundi, Rwanda et République démocratique du Congo) et; l’émission d’obligations diaspora pour combler les lacunes en matière de financement (Éthiopie, Rwanda). Les pays africains et les communautés économiques régionales (CER) concernés s’engagent également à respecter les initiatives et instruments internationaux, notamment dans la lutte contre la traite des êtres humains et la promotion du travail décent, deux aspects qui peuvent également contribuer à exploiter les migrations en faveur du développement humain.

Au niveau mondial, après le premier dialogue de haut niveau des Nations Unies en 2006, le Groupe mondiale sur la migration (GMG, Global Migration Group) et le Forum mondial sur la migration et le développement (GFMD) on contribué à un dialogue politique qui considère la migration comme facteur de développement.

Malgré tous les efforts déployés, il reste beaucoup à faire afin de saisir les effets bénéfiques de la migration sur le développement en Afrique. Comprendre le lien entre migration et développement exige une meilleure collecte et analyse des données afin de développer des réponses appropriées et cohérentes à tous les stades de l'élaboration des politiques. Or, le lien entre migration et développement est essentiel et doit être promu à toutes les étapes des processus d’élaboration des politiques. Les politiques migratoires ont des liens avec tous les aspects du développement : l’économie ; le secteur financier ; les institutions et services publics ; les droits de l’Homme; le secteur socioculturel ; la démographie ; les marchés du travail ; la reconnaissance des qualifications de la main-d’œuvre ; le déplacement forcé de personnes ; l’égalité des sexes ; la productivité des migrants ; l’apport des migrants à l’économie de leurs pays d’origine et d’accueil ; etc. Ces transversalités impliquent et relient tous les secteurs, concernent tous les aspects du processus migratoire et traitent de la mobilité intra et internationale des personnes. Par exemple, si l’on s’en tient au volet économique, plusieurs facteurs peuvent influencer la migration des personnes. Divers facteurs économiques peuvent pousser les gens à émigrer, notamment la privation relative, la pauvreté, la perte des sources de subsistance, la recherche de perspectives économiques/commerciales, la recherche de meilleurs revenus, etc. Économiquement parlant, les migrations peuvent profiter aussi bien aux pays d’origine qu’aux pays de destination. On peut par exemple faire valoir que les marchés du travail vont naturellement atteindre une situation d'équilibre, alors qu’en réalité ils en seront empêchés à cause des lois sur l’immigration. Cependant, une émigration en masse vers un autre marché du travail peut entraîner une perte de main-d’œuvre et de compétences se traduisant par une baisse de productivité et une diminution du PIB dans le pays d’origine. En revanche, l’argent envoyé au pays par les migrants peut, entre autres, contribuer à l’augmentation des recettes de devises d’un pays, un desserrement du crédit favorable aux investissements privés et une amélioration des perspectives économiques et, par là même, avoir un effet indirect sur la demande de main-d’œuvre. Les envois de fonds stimulent également la consommation locale et contribuent à l’amélioration du capital humain à travers le financement de l’éducation, de la santé, ainsi que l’accès à l’eau potable, à l’électricité et au logement. Grâce aux programmes de coopération décentralisés et aux réseaux internationaux de professionnels qualifiés, certains migrants soutiennent également les infrastructures publiques et les activités productives dans leur pays d’origine.

L’intégration de la migration dans les stratégies nationales et locales en matière de développement exige une approche interministérielle fondée sur les faits, de l’exploitation du potentiel de la migration. Tirer profit des possibilités offertes par la migration tout en atténuant ses effets néfastes exige des politiques appropriées et basées sur des connaissances et sur une évaluation des avantages et risques inhérents  au lien entre la migration et le développement au niveau national.

Pour développer de telles politiques, les décideurs politiques ont besoin de plusieurs éléments : une description de la nature des migrations qui touchent leur pays ; une analyse du contexte dans lequel ces migrations ont lieu ; une identification des façons d’exploiter les effets bénéfiques des migrations ; une stratégie permettant d’atténuer leurs conséquences néfastes ; un système adéquat de données et d’indicateurs sur les migrations ; un cadre coordonné et synergique pour les efforts de prise en compte de la migration ; l’élaboration de politiques réfléchies en matière de migration et de développement ; l’intégration des différents niveaux de la planification du développement (local, national et régional) ; et l’identification des liens entre les migrations et les stratégies d’élaboration, de mise en œuvre et d’évaluation des politiques.

Les pays africains ne doivent pas manquer le point de départ et l’étape la plus importante de l’exploitation des bénéfices de l’intégration de la migration dans les processus de développement par le biais des plans nationaux de développement. La prise en compte des migrations dans la planification nationale du développement ne peut que renforcer la valeur des politiques nationales existantes en matière de migration. Cependant, cette planification doit être assortie d’une vision à long terme. C’est une question sérieuse, opportune et politiquement pertinente au vu des défis auxquels le continent est aujourd’hui confronté.

[1] Pour de plus amples informations, voir le rapport ‘Sending Money Home to Africa. Remittance markets, enabling environment and prospects’ (2009) [Envoyer de l’argent en Afrique. Marchés d’envois de fonds, environnement propice et perspectives], p. 2, Fonds international pour le développement de l’agriculture (FIDA)