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Allocution du Dr. Jean Ping, President de la Commission de l'Union Africaine

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Date de publication: 
29/11/2010

Monsieur Le Président de la République gabonaise, Coprésident du troisième Sommet,
Monsieur Le Président du Conseil Européen, Coprésident du troisième Sommet
Majestés, Mesdames et Messieurs Les Chefs d’État et de Gouvernement,
Monsieur Le Président de la Commission de l’Union Européenne,
Monsieur Le Président du Parlement Panafricain,
Monsieur Le Président du Parlement Européen,
Mesdames et Messieurs Les Chefs de délégation,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,

Dix ans après la  première édition du Caire en 2000 et trois ans après Lisbonne, le troisième Sommet Afrique-Europe s’ouvre aujourd’hui dans un contexte mondial marqué par de très profondes mutations, par l’accroissement des défis globaux et aussi par les réponses collectives que la Communauté internationale s’efforce d’y apporter notamment à travers les concertations internationales comme celles du G20 et du G8, ou celles des Nations Unies sur les OMD organisée à New York et sur les changements climatiques.

A côté de tout cela, une Afrique  qui a multiplié ces dernières années, les initiatives pour témoigner de sa volonté politique et de sa détermination à agir, à élaborer elle-même son Agenda et à mettre tout en œuvre pour prendre en main sa destinée. Ainsi, la vision des dirigeants africains d’une institution continentale d’intégration capable de relever  les défis du 21ème siècle est depuis, devenue réalité, avec une Union africaine qui s’impose de plus en plus sur la scène internationale. Les conditions semblent de surcroît réunies pour que l’Afrique puisse enfin traduire dans les faits son potentiel économique, notamment en consolidant la reprise de retour  sur le continent, après la dernière crise mondiale. Les résultats publiés début octobre dernier par la  Fondation Mo Ibrahim  ont confirmé d’ailleurs  que les performances africaines s’améliorent de manière générale, dans les domaines du développement économique, du développement humain et de la bonne gouvernance.

L’Afrique dont on dit maintenant qu’elle a raccroché avec la mondialisation, qu’elle constitue un marché pionnier, la dernière frontière, a également diversifié ses partenaires stratégiques, parmi lesquels l’Union Européenne occupe une place privilégiée. Aujourd’hui, le monde réalise qu’il lui sera de plus en plus difficile, voire impossible de continuer plus longtemps à ignorer systématiquement, tout un continent qui de surcroît, compte 53 des 192 États membres de l’ONU ; un continent où vit aujourd’hui, un milliard de consommateurs, un continent qui fait dix fois l’Europe, dix fois l’Inde, quatre fois les États Unis d’Amérique et trois fois la Chine ; un continent aux ressources considérables  et qui avec ses forêts du Bassin du Congo constitue le deuxième poumon de l’écosystème mondial et représente également l’un des plus grands  réservoirs de matières premières de la planète, le situant au centre des enjeux mondiaux !

Bref, le regard porté sur l’Afrique a évolué et changé pour la considérer désormais comme un  vrai Partenaire  et je citerai Anne-Cécile Robert, journaliste au Monde Diplomatique : « avec lequel peuvent se tisser des relations d’égalité, comme un Continent majeur, qui a droit à sa propre parole,   laquelle parole revêt non seulement une valeur pour elle-même mais une valeur pour tous : elle traduit en effet mieux que tout autre la réalité du monde mondialisé, sa nature profonde ».

L’Union européenne en a aussi pris conscience et l’adoption de la Stratégie commune lors du deuxième Sommet de Lisbonne, a permis de renforcer davantage le dialogue politique instauré en 2000, pour un partenariat plus large, s’étendant à d’autres domaines comme la sécurité par exemple.

Il s’agissait alors d’un véritable changement d’état d’esprit et d’une évolution radicale dans la perception et la préfiguration des relations de coopération entre l’Europe et l’Afrique puisque non seulement le paradigme classique donateur-bénéficiaire  a glissé vers un partenariat d’égal à égal mais surtout ledit partenariat s’adressait pour la première fois à l’ensemble du continent. 

Car pour l’Union africaine, l’Afrique est une et doit être considérée comme une seule entité. Comme l’a rappelé devant ce même  auguste plénum, il y a de cela trois ans, mon prédécesseur, le Président Alpha Oumar Konaré et je cite : « (…) Elle n’est nullement seulement subsaharienne, elle est aussi maghrébine. Elle n’est ni noire ni blanche.   ( …) Et sans renier  son héritage anglophone, francophone, hispanophone, lusophone, l’Afrique doit d’abord assumer son Africanité (...) ». Nous sommes conscients des efforts que tente de fournir dans ce sens l’Union européenne.

Messieurs les Co-Présidents,
Majestés, Excellences,
Mesdames et Messieurs,

A notre ordre du jour, est, entre autres, inscrite l’adoption du Deuxième Plan d’Action pour la période 2011-2013 qui entend relever une série de nouveaux défis et mettre en place un cadre revisité et renforcé pour la coopération future. Pour l’heure, permettez-moi  de dresser un très  bref état des lieux des avancées de la mise en œuvre de la Stratégie conjointe et de son premier Plan d’Action, afin d’en identifier les points forts ainsi que  les faiblesses et de prévoir les solutions qui profiteraient davantage aux populations de nos deux continents.

D’une manière générale, on doit reconnaître qu’après un démarrage laborieux, notre partenariat est désormais bien lancé.  Cela a été rendu possible grâce notamment à l’architecture institutionnelle UA-UE prévoyant des contacts réguliers et fréquents au plus haut niveau, des réunions semestrielles des troïkas des Ministres des affaires étrangères ainsi que  des réunions annuelles des collèges des deux Commissions.

Nous pouvons dire que nous avons réalisé de réels résultats au niveau des huit partenariats de la Stratégie conjointe. Toutefois, certains partenariats progressent mieux. Notre coopération a ainsi enregistré les avancées les plus remarquables dans le domaine de la paix et de la sécurité. Cela tient certainement à la prise de conscience par l’Europe que son destin est assez lié à celui de l’Afrique dont elle n’est séparée que par les 14 km du Détroit de Gibraltar: sans une Afrique prospère, pas de monde en paix comme en témoignent la piraterie maritime et les trafics en tout genre ;  et sans une Afrique en paix, pas d’Afrique prospère.

Dans le prolongement de la Stratégie et du Plan d’Action de Lisbonne, l’Union européenne a apporté un fort appréciable soutien constant aux efforts déployés par l’Union africaine visant à prévenir les conflits, à restaurer la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent, à consolider les processus démocratiques et à restaurer l’ordre constitutionnel. Il est ainsi avéré que le renforcement de notre coopération et l’approfondissement de notre partenariat ont largement contribué aux progrès remarquables que nous avons enregistrés dans la mise en place de l’Architecture continentale de paix et de sécurité et dans les développements positifs à saluer dans plusieurs situations de conflit ou de crise  en Afrique.

Dans ce cadre, je ne saurais ne pas mentionner la mise en place de la « Facilité pour la paix », instrument qui contribue aux efforts pour le renforcement des capacités de l’UA et de celles des Communautés économiques régionales dans l’accomplissement de leur mission de paix. Il importe que cet appui se poursuive et s’amplifie.. Dans ce même registre, les consultations en cours en vue de la mise en place par l’UE d’une « Facilité de soutien à la paix », en complément à la « Facilité pour la paix » actuelle s’annoncent prometteuses. Permettez-moi d’exprimer de cette tribune, pour clore ce chapitre, toute notre appréciation à l’UE ainsi qu’à ses Etats membres pour leur contribution à la restauration et à la consolidation de la paix, de la sécurité et de l’ordre constitutionnel sur notre continent ainsi qu’à la promotion et l’ancrage  de la démocratie et de l’état de droit.

Messieurs les Co-présidents,
Majestés, Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Chacun sait toutefois qu’il n’y a pas de paix sans développement, l’insécurité et la violence se nourrissant de la pauvreté, de l’injustice et des inégalités.

En centrant les discussions de ce troisième Sommet sur trois grandes questions qui sont d’un intérêt fondamental pour le présent et le futur des quelques 1,5 milliards de citoyens respectifs de leurs deux continents,  à travers le thème choisi « investissement, croissance économique et création d’emploi », l’ Europe et l’Afrique rappellent en premier lieu que leur partenariat qui inclut aussi les pays membres, le secteur privé, les parlements etc.,  va au-delà des institutions et est orienté sur les personnes, sur leurs besoins essentiels et  leurs vrais questionnements qui se posent avec encore plus d’acuité en Afrique : ainsi, bien que l’Afrique ait pris toutes les mesures exigées par le Consensus de Washington pour créer un environnement attractif pour les capitaux étrangers, la problématique par exemple, des investissements interpelle dans la mesure où le continent, Afrique du Sud excepté, n’attire encore qu’environ moins de 2℅ des IDE c'est-à-dire  moins que l’État-cité de Singapour. (NOUS ?) ( POURQUOI ?)

Garantir une croissance économique forte, équilibrée et durable est de même une nécessité vitale pour l’Afrique si elle veut notamment réduire la pauvreté au moins de moitié d’ici à 2015 comme le prescrit l’objectif numéro 1 des OMD. Certes, comme je l’affirmais plus haut, les projections tablent sur une reprise progressive dans toutes les régions d’Afrique même si la récession y a laissé des traces profondes. Déjà en juillet dernier, l’annonce avait été faite que 13 pays africains connaîtront en 2011, des taux de croissance compris entre 6 et près de 11%. Mais les chiffres moyens annoncés pour le continent dans sa globalité, à savoir de l’ordre de 4,8% à la fin 2010 et de  5,6% en 2011 bien qu’appréciables, restent encore en deçà du minimum requis, à savoir 7% pour atteindre cet objectif et avoir des effets sur la réduction de la pauvreté.

Concernant encore l’accélération de la croissance, l’Afrique avait déjà lancé de  nombreuses initiatives peu après l’adoption des OMD et  le  Document fondateur du NEPAD en 2001, désignait déjà l’épargne intérieure et le renforcement de la collecte de recettes publiques comme ressources essentielles à cet effet, à compléter par des aides publiques au développement, des allègements de dette et des apports de capitaux privés.

Par ailleurs, s’il est une réalité incontestable,  y compris en Afrique, c’est qu’il n’y a pas de création d’emploi décent sans une croissance économique forte et durable. Deux ans après la crise, le sous-emploi demeure endémique sur notre continent et la situation ne s’est pas encore redressée, malgré les indications de  reprise de la croissance économique mondiale et d’un redressement (sensible) du taux de croissance moyen du  PIB de l’Afrique. Cette crise a enlevé leur emploi à des millions de personnes et ce problème de l’emploi constitue une des préoccupations majeures de tous nos Gouvernements. Il affecte en effet,  toutes les catégories  sociales de nos populations. Ce  problème de l’emploi ne se limite plus cependant au continent africain.  Aussi, à  un moment où le rythme de la mondialisation exige et requiert des réponses politiques coordonnées dans le cadre de la diplomatie multilatérale, l’Europe et l’Afrique en tant que partenaires stratégiques, ne pouvaient que relever ensemble ces défis communs et les attentes sont énormes quant aux résultats du Sommet concernant en particulier l’étude et  la mise en place d’un mécanisme pour générer une croissance économique mutuelle profitable à  tous.

Toujours dans ce registre, je voulais dire aussi que des efforts sont entrepris et prodigués par l’Afrique pour pallier le déficit flagrant en infrastructures, obstacle principal au développement du commerce intra africain. Nous avons lancé en juillet dernier le PIDA (Programme of Infrastructure for Development in Africa). Toute participation et tout soutien sont les bienvenus et nous savons que l’Europe a entendu et continuera à entendre notre appel.

Messieurs les Co-Présidents,
Majestés, Excellences,
Mesdames et Messieurs

Dans ses «Mémoires», Jean Monnet, l’un des Pères de l’Europe affirmait que « ce qui est important, ce n’est, ni d’être optimiste, ni pessimiste, mais d’être déterminé ». Devant des incertitudes et des bouleversements d’une ampleur jamais connue par le passé et  dans un monde marqué notamment par l’interdépendance, la multipolarité, la globalisation et la nécessité cruciale de la coopération internationale, définie selon certains par le retour de la politique et la loi de la rareté, l’Afrique est  plus que jamais, déterminée à apporter sa contribution à la consolidation et à la concrétisation du partenariat stratégique Afrique-Europe.

C’est dans cet esprit constructif que la haute attention de cette  auguste assemblée est attirée sur les observations ci-après pour faire réellement de ce Sommet, l’événement historique annoncé: plusieurs questions, particulièrement celles du financement et de l’adaptation des instruments financiers existants à la stratégie conjointe restent encore sans réponse. Or, si l’on ne trouvait pas des réponses à ces questions fondamentales, ce Sommet de Tripoli aboutirait à des résultats plutôt  limités.

De même, une décision politique doit être prise sur la mise en place de l’enveloppe panafricaine ou du  Fonds « Africa’s Integration Facility ». Il y a aussi lieu  de prendre en considération l’exigence de cohérence et d’harmonisation entre le travail de nos experts respectifs et les déclarations politiques pour lever définitivement  des blocages comme celui des APE, question vitale qui doit être bouclée au plus tôt dans l’intérêt mutuel.

Nous devons dire également que nous souhaitons vivement que les deux Parties s’engagent à rétablir le  juste équilibre entre la dimension politique et la dimension développement dans la poursuite de la mise en œuvre de la stratégie commune, beaucoup restant encore  à  faire dans le domaine du développement.

Je terminerai enfin sur la  nécessité de la pleine appropriation du processus du partenariat UE-Afrique par  toutes les Parties prenantes.

Je vous remercie de votre attention.