Douzième réunion régionale africaine pour accélérer la mise en oeuvre du travail décent en Afrique
La 12e Réunion régionale africaine de l'Organisation internationale du Travail (OIT) s'est tenue à Johannesburg, Afrique du Sud, les 11-14 Octobre 2011. Les dirigeants africains, les ministres du travail, partenaires sociaux, experts et partenaires au développement de 54 pays ont discuté des moyens d'accélérer la mise en œuvre de l'Agenda du travail décent pour l'Afrique 2007-2015 et répondre efficacement à une reprise économique sans emplois.
La 12e Réunion régionale africaine qui a eu lieu pour la première fois en Afrique du Sud, a eu l’honneur de recevoir S.E. M. Jacob Gedleyihlekisa Zuma, Président de la République d’Afrique du Sud, ainsi que S.E. M. Gilbert Foussou Houngbo, Premier ministre de la République du Togo. La réunion a félicité le Directeur général du BIT, M. Juan Somavia, pour son rapport intitulé «Renforcer l’autonomie des peuples d’Afrique grâce au travail décent». Les délégués ont reconnu que des progrès ont été réalisés dans la mise en oeuvre de l’Agenda du travail décent en Afrique (2007-2015) tout en reconnaissant que la réalisation de certains objectifs avait pris du retard, en particulier ceux concernant l’égalité entre hommes et femmes, l’emploi des jeunes, les migrations, le travail forcé, le VIH/sida et le lieu de travail, la protection sociale et l’application des normes internationales du travail. Les délégués ont souligné l’importance des programmes par pays de promotion du travail décent pour aider à identifier et à mettre en oeuvre les priorités nationales en rapport avec l’Agenda du travail décent. Ils ont noté que d’importants progrès ont été réalisés dans l’adoption des PPTD en Afrique; jusqu’à présent, 31 PPTD sont mis en oeuvre alors que 22 autres sont en cours d’élaboration. Toutefois, il a été reconnu que certains PPTD de la première génération n’étaient pas suffisamment alignés sur les politiques nationales et que les partenaires sociaux n’avaient pas été suffisamment impliqués dans leur formulation et dans leur mise en oeuvre. En outre, il faut une participation tripartite plus efficace dans les mécanismes de formulation, de mise en oeuvre, de suivi et d’assurance de la qualité des PPTD ainsi que des stratégies conjointes de mobilisation des ressources.
Croissance performante et emploi en Afrique
La réunion a noté l’urgence de suivre des voies de croissance inclusives qui créent des emplois et réduisent donc la pauvreté. Le gouvernement joue un rôle capital dans ce processus. Les politiques de l’emploi doivent être conçues en tenant compte des modèles de croissance de chaque pays et devraient cibler des secteurs particuliers, à forte intensité d’emploi, des chaînes de valeur et des regroupements économiques. La réunion a reconnu l’importance dans ce cadre des investissements dans l’infrastructure, l’éducation, le développement des compétences et l’intégration régionale. La réunion a instamment invité les gouvernements à prendre des mesures pour formaliser progressivement le travail et les activités de l’économie informelle, y compris en zone rurale. Les gouvernements devraient également mettre en place un environnement favorable à une croissance durable du secteur privé, à l’investissement, à l’accès au financement et à la création de petites et moyennes entreprises qui représentent un potentiel de création d’emplois considérable.
La réunion a fait part de sa profonde préoccupation devant les taux élevés de chômage et de sous-emploi des jeunes. Ce problème est aggravé par la forte croissance démographique. Trente-deux pays africains donnent aujourd’hui la priorité à l’emploi et à l’emploi des jeunes en particulier dans leurs plans nationaux de développement. La réunion s’est félicitée de l’initiative jointe de la Commission de l’Union africaine, de la Banque africaine de développement, de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique et de l’OIT en matière d’emploi des jeunes et a demandé qu’elle se concrétise en actions concrètes sur le terrain. La promotion de l’emploi des jeunes doit répondre à l’offre et à la demande des marchés nationaux du travail. Les mesures à prendre incluent l’amélioration des qualifications des jeunes, des politiques macroéconomiques favorables à l’emploi, le développement des secteurs privé et public, les mesures de financement et la fourniture de capital-risque et les programmes de travaux publics, et l’investissement dans des emplois de qualité.
Le développement des compétences et l’amélioration de l’employabilité sont des éléments essentiels à la réalisation de l’Agenda du travail décent en Afrique. Les compétences doivent être coordonnées avec les politiques sociales et économiques, y compris les politiques en matière d’éducation, et intégrées dans les cadres nationaux de développement. Pour faire face à l’inadéquation des compétences, un certain nombre de propositions ont été faites: une implication plus marquée du secteur privé et des organisations de travailleurs dans la conception, la planification et la supervision de la formation ; améliorer la qualité et la pertinence de la formation ; des activités d’apprentissage tout au long de la vie et d’actualisation des compétences sont nécessaires ; un appui qui facilite la transition vers le monde du travail.
Alors que près des trois quarts de la population africaine vivent et travaillent en zone rurale, les partenaires accordent une attention renouvelée à l’emploi rural. Il faut mettre en place des programmes nationaux complets, avec des ensembles intégrés de services qui correspondent aux aspects multidimensionnels de la question. L’accent devrait être mis sur le secteur agricole. Parallèlement, la réunion a demandé aux gouvernements de prendre les mesures nécessaires pour mettre en place un environnement propice au développement des PME, en allant au-delà du secteur agricole, avec des politiques d’industrialisation et une transformation structurelle plus large. De nombreux emplois pourraient être créés, et les jeunes pourraient être incités à rester dans les zones rurales au lieu de migrer vers les villes.
Réduire le déficit de travail décent
En Afrique environ deux tiers de toutes les possibilités d’emploi et de tous les moyens de subsistance relèvent de l’économie informelle. Les travailleurs et entrepreneurs de l’économie informelle souffrent de graves déficits de travail décent en termes de droits, de revenus et de conditions de travail, de protection, de possibilité de s’exprimer et de représentation. Il faut donner la priorité au processus de formalisation. Les gouvernements devraient prendre les mesures suivantes pour promouvoir l’économie sociale: i) mettre en place un environnement légal et institutionnel favorable; ii) établir un cadre de consultation et d’échange des connaissances; iii) renforcer la capacité des dirigeants, promoteurs et régulateurs de l’économie sociale; iv) lutter contre toute forme de discrimination dans l’économie sociale; et v) appliquer les valeurs et principes de l’économie sociale à la politique publique.
La réunion s’est inquiétée que, malgré les progrès accomplis, les inégalités entre hommes et femmes et la discrimination restent encore largement répandues. Les gouvernements devraient continuer à accorder la priorité à l’égalité dans l’éducation. Les pays africains devraient également s’efforcer de ratifier les conventions à ce sujet, et en particulier les conventions de l’OIT sur les travailleurs domestiques et sur la protection de la maternité.
La réunion a noté qu’il est maintenant reconnu sur l’ensemble du continent que le dialogue social est un mécanisme clé de gouvernance et que les cadres de dialogue social sont mieux institutionnalisés et plus disponibles. Pourtant, tous les partenaires doivent s’engager vers une meilleure articulation du tripartisme comme outil de gouvernance et garantir son fonctionnement efficace. La réunion s’est également inquiétée de l’application limitée d’importantes normes du travail
La réunion a reconnu qu’il faut un large soutien pour un développement progressif des systèmes nationaux de protection sociale. Des progrès considérables ont été accomplis dans certains pays en matière de couverture de la protection sociale. La formalisation progressive de l’économie informelle est une condition nécessaire à la durabilité et à l’amélioration à long terme des systèmes nationaux de protection sociale. La mobilisation des ressources nationales reste le principal défi à la mise en oeuvre des politiques nationales sur cette question.
Cet article est basé sur les conclusions de la réunion disponible sur http://www.ilo.org/global/meetings-and-events/regional-meetings/africa/arm-12/lang--fr/index.htm
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