A A

Approches multilatérales et bilatérales pour que la migration contribue au développement

Approches multilatérales et bilatérales pour que la migration contribue au dével

Le monde est en mouvement : d’après l’ONU, on compterait actuellement 214 millions de migrants internationaux (soit environ 3 % de la population mondiale). Voilà pourquoi, depuis quelques années, la migration internationale est devenue une priorité des politiques mondiales et soulève des questions essentielles (toujours non résolues), allant de la protection des droits des migrants à la lutte contre l'immigration illégale et le trafic d’êtres humains, en passant par la « gouvernance » des flux migratoires et les systèmes de migration circulaire.

Les flux migratoires entre l’Afrique et l’Europe attestent en particulier des liens étroits existant entre les deux continents. Ils se sont mués en thème majeur des discussions, l’amélioration de leur gestion pouvant en effet bénéficier à l’Afrique, à l’UE et aux migrants eux-mêmes.

Généralement parlant, l’une des questions qui monopolise actuellement l'attention de la communauté académique et des décideurs politiques est le fameux lien entre migration et développement.  L’idée selon laquelle la migration internationale, s’appuyant sur la « dimension transnationale » de la diaspora (c.-à-d. la double appartenance si particulière au pays d’accueil et d’origine) pourrait stimuler le développement figure de plus en plus au cœur du débat et est même devenue une question transversale touchant des disciplines et des approches diverses.

Le fait que dans certains cas les transferts de fonds aient excédé l’aide publique au développement (Ratha, 2003) a renforcé la crédibilité des diasporas en tant qu'agents internes de développement. Aujourd’hui, les acteurs traditionnels de l'aide au développement reconnaissent le potentiel de développement des migrants internationaux et sont de plus en plus impliqués dans le développement de programmes, projets et partenariats novateurs visant à développer les ressources et le savoir-faire des migrants.

Ces projets se caractérisent par une grande diversité d’objectifs, d’acteurs, de modèles de financement, de durée et d’effets, reflétant les priorités et les besoins variables des organisations de diasporas, des acteurs traditionnels du développement (agences nationales de coopération au développement, ONG, etc.) de même que des communautés d'origine et de destination.

Ainsi, la Commission européenne (CE) et la Commission de l’Union africaine (CUA) ont par exemple lancé une initiative visant à soutenir le partenariat sur les migrations, la mobilité et l'emploi (« partenariat MME »). Il s’agit d’un cadre ouvert pour des consultations établi sur une base thématique et géographique flexible, permettant de stimuler le leadership des principales parties prenantes ainsi que l'échange d'informations et de bonnes pratiques.

Le partenariat MME vise à apporter des réponses globales aux questions relatives à la migration, à la mobilité et à l'emploi, dans l'intérêt de tous les partenaires, avec pour objectifs spécifiques la création de davantage d’emplois de meilleure qualité en Afrique et une meilleure gestion des flux migratoires. Il est vrai que gérer plus efficacement les migrations et stimuler l'emploi s’avère essentiel comme stratégie de réduction de la pauvreté et comme autre outil national de développement et de co-développement dans les pays africains. Les bienfaits des migrations internationales doivent être maximisés pour tous les partenaires. Le partenariat vise en outre à garantir le développement durable et la mise en œuvre des accords et des déclarations idoines au niveau international, comme la déclaration de Tripoli sur les migrations et le développement.

Dans la pratique, le partenariat MME vise à approfondir le dialogue sur tous les sujets pertinents, en se concentrant en particulier sur la façon d’améliorer la cohérence et les synergies entre d’une part les politiques en matière de migration, de mobilité, d'emploi et d'éducation, et d’autre part les stratégies de développement et de réduction de la pauvreté. Parmi les actions de mise en œuvre du partenariat MME, citons un projet de soutien au dialogue entre les partenaires et :

  • un institut africain pour les transferts de fonds, appelé à mettre en place un système de transfert de meilleure qualité, plus efficace et plus sûr ;
  • l’« initiative de dialogue avec les diasporas », qui devra établir un cadre de coopération des diasporas dans le développement africain ;
  • l’ « initiative pour un travail décent », qui étend la protection sociale, en particulier dans l’économie informelle ;
  • l’accès au financement et l’amélioration des garanties pour les plus pauvres et les personnes non desservies.

Ces actions comportent une dimension interrégionale et intercontinentale pour le partenariat.

Les pays africains et européens ont continuellement développé des cadres de coopération grâce à des projets et des programmes adaptés, tirant parti des flux migratoires.

Le modus operandi de la coopération italienne en matière de migration et de développement privilégie le soutien au développement du secteur privé. Ceci, en appuyant, grâce au projet « PLASEPRI » (Plateforme d’appui au secteur privé et à la valorisation de la diaspora sénégalaise en Italie), la création et la gestion de PME (petites et moyennes entreprises) au Sénégal et au Ghana. Les bénéficiaires par excellence du projet sont des Sénégalais émigrant en Italie avec le désir de créer leur PME. La PLASEPRI couvre les coûts d’équipement de 30 000 000,00 à 300 000 000,00 francs CFA* pour des PME de divers secteurs : du tourisme durable à l’esprit d’entreprise au féminin, en passant par l’industrie alimentaire et des activités économiques écologiques. Ce projet incarne certaines des priorités de l’approche italienne de la coopération au développement : l’émancipation des femmes, la promotion des PME (en ligne avec la tradition italienne d’un secteur industriel fort caractérisé davantage par des « micro-excellences » que par de grands groupes entrepreneuriaux), la lutte contre l’exploitation des enfants (le projet sélectionné ne doit pas employer d’enfants, que ce soit directement ou non) ainsi qu’une sensibilité et une action « vertes ».

Le projet de bénévolat de la diaspora du DFID (Département britannique pour le développement international) et du VSO (Service volontaire à l’étranger) se focalise sur l’effet multiplicateur potentiel du travail bénévole.

Le programme investit 3 millions £ sur trois ans et vise à encourager les membres des diasporas à s’impliquer dans des activités bénévoles en faveur de la croissance des pauvres dans les pays en développement et à sensibiliser au développement au R-U. L’objectif ultime du programme est de nouer des partenariats créatifs avec les organisations de diaspora (comme l’ « Africain Foundation for Development » et l’ « Asian People’s Disability Alliance ») à travers des activités telles que des visites de recherche dans les pays cibles, la formation à la collecte de fonds et la sensibilisation. Ce dernier composant s’avère essentiel afin d‘inspirer d’autres bénévoles de la diaspora à s’impliquer dans le volontariat et à faire la différence.

D’autres projets sont davantage orientés vers la recherche et visent à comprendre comment et sous quelles conditions la migration peut effectivement stimuler le développement. Une expérience intéressante dans ce domaine est le nouveau consortium « Migrating out of Poverty », mené par l'économiste de la Banque mondiale Dilip Ratha, qui implique des universités du Nord et du Sud dans un effort commun pour étudier la migration de manière globale et selon un angle de développement. Ce projet, toujours dans sa phase initiale, s’avère novateur de par son approche multidisciplinaire (anthropologie, économie, géographie, histoire, sciences politiques, relations internationales et sociologie) ainsi que par son engagement et sa focalisation résolus en faveur du Sud.

La coopération française est traditionnellement impliquée dans des projets avec une dimension alliant migration et développement. L’AFD (Agence française de développement) a récemment développé un CIT (Cadre d’intervention transversale) permettant d’intégrer la migration dans les stratégies de l’AFD en tenant notamment compte des besoins des populations migrantes, des interactions potentielles entre d’une part les transferts de fonds et d’autre part le développement du secteur privé et local, mais en se penchant aussi sur le problème de la fuite des cerveaux et celui de l’exode rural-urbain. L’originalité du CIT de l’AFD réside dans son approche globale de la migration, tenant compte du phénomène dans sa totalité (c.-à-d. traitant la dimension à la fois intra-régionale et internationale de la migration). Le CIT analyse en détail tous les facteurs susceptibles d’interagir avec les flux migratoires ou de les engendrer, tels que le changement climatique, les conflits, l’urbanisation, les facteurs économiques, la sécurité alimentaire, etc., tout en proposant une méthodologie permettant de faire face à l’évolution permanente de la migration.

Le partenariat MME et les quatre expériences ci-dessus présentent donc quelques facettes des efforts conjoints des pays européens et africains pour traiter le lien existant entre la migration et le développement, le tout à l’aide de multiples instruments et à divers niveaux. L’objectif fondamental de ces efforts concertés est de mettre en lumière les défis posés par les phénomènes migratoires, tout en exploitant leur contribution positive au développement des communautés d’accueil et de destination.

* Devise de l’union économique et monétaire d’Afrique de l’ouest.

Comments

Publier un nouveau commentaire

The content of this field is kept private and will not be shown publicly.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Allowed HTML tags: <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Lines and paragraphs break automatically.

More information about formatting options

CAPTCHA
This question is for testing whether you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.