TIC et développement en Afrique: un double fossé à combler

TIC et développement en Afrique: un double fossé à combler

Vendredi, 19 Novembre, 2010

En Afrique, les technologies modernes sont un puissant facteur de développement. Échange d’informations, transfert de connaissances, informatique de gestion, recherche fondamentale, commerce international… Ces technologies ont le potentiel de créer la prospérité et d’améliorer les conditions de vie générales. Toutefois, ces possibilités resteront lettre morte si les infrastructures ne sont pas nivelées par le haut. Dans les années à venir, il faudra réduire la fracture scientifique et numérique: c’est l’un des principaux défis qui se posent en matière de développement. De nombreux projets œuvrent en ce sens.

«Dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC), les générations précédentes — réseaux fixes téléphonie et Internet — ont négligé l’Afrique à bien des égards», explique Hannes Toivanen, chercheur senior du Centre finlandais de recherche technique (VTT) participant à la mise en œuvre de divers projets TIC sur le continent africain. Cependant, une dynamique se fait jour pour éviter que cette situation ne se reproduise au cours de la prochaine décennie: «L’Afrique peut désormais tirer profit des dernières technologies TIC, telles que la quatrième génération de téléphones mobiles», ajoute-t-il. À cet égard, le taux de pénétration des téléphones mobiles peut d’ores et déjà être interprété comme un grand pas en avant.

Alimenter la recherche par la connectivité

L’Afrique peut désormais tirer profit des dernières technologies TIC, telles que la quatrième génération de téléphones mobiles.

Mr. Hannes Toivanen

Le déploiement d’infrastructures de réseau, notamment de réseaux à fibre optique, est l’une des conditions essentielles au développement des TIC. Dans ce domaine, les initiatives régionales sont complétées par les efforts consentis par l’UE en faveur de la connectivité mondiale: l’initiative AfricaConnect, qui vise à renforcer les réseaux de communication pour la recherche et l’enseignement en les reliant à GÉANT, le réseau européen multigigabit dédié à la recherche, devrait être lancée avant la fin 2010.

Kostantinos Glinos, chef de l’unité GÉANT et e-Infrastructures de la direction générale de la société de l’information et des médias de la Commission européenne, souligne que cette connexion ouvrira la voie à une collaboration efficace entre chercheurs européens et africains: «De nos jours, dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, l’enseignement et la recherche souffrent encore de gros problèmes de connectivité, en dépit des progrès réalisés dans le développement des réseaux nationaux pour la recherche et l’enseignement (NREN) dans de nombreux pays […]. En partie grâce à l’initiative AfricaConnect et au réseau GÉANT, les NREN sont connectés à mesure qu’ils sont prêts, ce qui permettra aux institutions et aux chercheurs de la région de bénéficier d’un accès de haute qualité à des ressources disséminées à travers le monde.»

En Afrique, les programmes de coopération régionale ont jeté les bases d’une connexion future. Deux grands réseaux ont été mis en place: WACREN est le réseau pour la recherche et l’enseignement d’Afrique occidentale et centrale; l’Alliance UbuntuNet est son homologue pour l’Afrique australe et orientale.

Il y a cinq ans, nous sommes arrivés à un point où le coût de la bande passante en Afrique était extrêmement élevé, faisant que les institutions d’enseignement ne pouvaient pas s’offrir suffisamment de bande passante.

Mr. Frederick F. Tusubira

La création d’UbuntuNet répondait au départ à des impératifs économiques. «Il y a cinq ans, nous sommes arrivés à un point où le coût de la bande passante en Afrique était extrêmement élevé, faisant que les institutions d’enseignement ne pouvaient pas s’offrir suffisamment de bande passante», explique Frederick F. Tusubira, directeur exécutif de l’Alliance UbuntuNet. La mise en place de cette alliance a permis aux universités de réaliser des économies d’échelle tout en favorisant la coopération entre les chercheurs de différentes régions.

Selon lui, la connectivité à l’échelle du continent, puis du monde entier, est indispensable au dynamisme de la recherche en Afrique: «Les chercheurs et universitaires africains ne disposent que d’un accès limité aux sources d’information et modes de collaboration internationaux.» Ce manque de ressources est l’un des facteurs déterminants qui expliquent le faible niveau de développement dans le domaine de la propriété intellectuelle sur le continent africain.

Dans la recherche, la collaboration est un jeu gagnant-gagnant qui doit réunir les plus grands esprits et les meilleures ressources du monde.

Mr. Kostantinos Glinos

«Dans la recherche, la collaboration est un jeu gagnant-gagnant qui doit réunir les plus grands esprits et les meilleures ressources du monde», affirme Kostantinos Glinos. D’après lui, les e-infrastructures sont à cet égard un vecteur clé.

Boubakar Barry, coordinateur de l’unité Réseaux pour la recherche et l’enseignement de l’Association des universités africaines (AUA), partage cette opinion. «Les activités de recherche s’internationalisent de plus en plus. Par conséquent, les scientifiques et chercheurs africains doivent avoir la possibilité de nouer des liens avec leurs pairs en Europe et dans le reste du monde», indique-t-il.

Le projet AfricaConnect est complété par une autre initiative récente, qui prévoit la mise en place de points d’échange Internet locaux et régionaux: l’African Internet Exchange System (AXIS) soutiendra l’établissement d’une infrastructure Internet à l’échelle du continent africain; il bénéficie d’une subvention de 3 millions d’euros du Fonds fiduciaire UE-Afrique pour les infrastructures.

Les TIC, moteur de progrès au service du développement

Les activités de recherche s’internationalisent de plus en plus. Par conséquent, les scientifiques et chercheurs africains doivent avoir la possibilité de nouer des liens avec leurs pairs en Europe et dans le reste du monde.

Mr. Boubakar Barry

Pour que l’Afrique se développe à long terme, une impulsion doit être donnée à la recherche et à l’enseignement supérieur. Les TIC jouent également un rôle clé dans la réponse apportée aux besoins les plus urgents. «Il va sans dire que nous devons plutôt aborder les TIC — et les technologies en général — dans l’optique du recul de la pauvreté», déclare Hannes Toivanen. Comme le prévoit le cadre du partenariat Afrique-UE pour la science, la société de l’information et l’espace, l’application des sciences et des technologies doit être dirigée vers la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Cette démarche a déjà porté ses fruits dans divers domaines. Par exemple, un projet financé par l’UE améliore la sécurité alimentaire et la qualité des eaux dans le bassin du Nil, grâce à l’analyse de données démographiques et environnementales. D’autres projets ambitionnent de circonscrire les épidémies grâce à des études épidémiologiques, à des recherches cliniques et à la gestion électronique des données sanitaires, ou encore de mettre la biotechnologie au service des agriculteurs africains.

Semaine Euro-Africa consacrée aux TIC 

La recherche en TIC et les e-infrastructures seront au cœur des débats de la Semaine euro-africaine consacrée aux TIC, qui se déroulera du 6 au 10 décembre à Helsinki. Organisée conjointement par la Commission européenne, la Commission de l’Union africaine et la Finlande, cette manifestation réunira 300 parties prenantes des quatre coins d’Europe et d’Afrique: législateurs, hauts fonctionnaires, chefs de projets TIC, chercheurs, ingénieurs en informatique, universitaires, chefs d’entreprise…

Objectif: donner à tous les participants l’occasion d’étudier les possibilités de collaboration, élaborer une vision commune et sensibiliser aux incidences des activités menées dans le domaine des TIC.