Quelle place pour la société civile dans la réforme de la Stratégie conjointe Afrique-UE ?

Quelle place pour la société civile dans la réforme de la Stratégie conjointe Afrique-UE ?

Mardi, 12 Novembre, 2013
CSO Forum 2013

Trois ans après Le Caire, Bruxelles a accueilli, du 23 au 25 octobre 2013, le 2ème Forum intercontinental des organisations de la société civile (OSC) d’Europe et d’Afrique liées à la Stratégie conjointe Afrique-UE (JAES).

La centaine de participants ont formulé des recommandations en vue du prochain Sommet Afrique-UE des chefs d’Etat qui se tiendra en avril 2014 à Bruxelles.

Trois objectifs ont été identifiés: 

  1. Fournir les contributions de la société civile à la réforme de la Stratégie conjointe
  2. Veiller à ce que la nouvelle JAES soit centrée sur les peuples
  3. Formuler des recommandations sur le rôle que doit occuper la société civile dans la nouvelle organisation de la JAES

Inquiétudes et assurances

Dans leurs discours d’ouverture, Marta Martinelli et Joseph Chilengi, représentant respectivement les comités de pilotage des OSC européennes et africaines pour la JAES, ont rappelé que l’Europe et l’Afrique ont vécu de grands changements depuis le lancement en 2007 de leur Partenariat. Celui-ci a connu des succès importants et encouragé des positions communes entre les deux continents. Il a favorisé, entre autres, la ratification de la Charte africaine de la démocratie et la mise en place d’une Plate-forme de dialogue Afrique-UE sur la gouvernance et de la Stratégie africaine des droits de l’Homme. La JAES a eu le mérite d’intégrer la société civile qui dispose d’un comité de pilotage conjoint Afrique-UE.
Pour autant, le partenariat, n’a pas répondu à toutes les attentes et ce constat a incité l'Union européenne à proposer dans  la perspective du prochain sommet Afrique UE, une réforme de la Stratégie conjointe. Pour Marta Martinelli et Joseph Chilengi, qui ont partagé leurs soucis de voir maintenu et renforcé le rôle de la société civile, ce forum visait à transmettre aux institutions de l'UA et de l'UE,  de manière claire et conjointe de la part des OSC européennes et africaines, la volonté de conforter la société civile comme  acteur à part entière et  incontournable de ce Partenariat. 

David O’Sullivan, directeur général administratif du Service Européen pour l’Action Extérieure (SEAE)  soulignait la prise de conscience croissante du fait que les gouvernements n'était plus les interlocuteurs uniques et que dans ce contexte la société civile devait être au cœur du partenariat Afrique-UE:  « Nous devons améliorer les moyens de mettre en œuvre notre vision commune » a-t-il souligné en indiquant  proposé que le thème du prochain Sommet Afrique-UE serait ": Investir dans la paix, la prospérité et les peuples ».

Au nom de Dr Nkosazana Dlamini Zuma, la présidente de la Commission de l’UA, Jinmi Adisa (Direction des citoyens et de la diaspora - CUA) a affirmé aux OSC présentes: « La CUA est impatiente de recevoir les rapports de vos délibérations et s’engage à appuyer les recommandations, propositions, mesures et stratégies qui renforceront le Partenariat de manière à permettre et accélérer la réalisation de ses promesses aux populations d’Afrique. »

La session d'ouverture du Forum, clôturée par un représentant de l'Ambassade d'Ethiopie, a laissé place à une session consacrée à l’évaluation de la JAES et aux  réflexions sur l’architecture de la future JAES. Les expériences tirées d’autres partenariats (UE-CELAC) ont été mises en avant afin de pouvoir en tirer des enseignements et apporter des recommandations opérationnelles. Ce travail a été poursuivi et complété dans des groupes thématiques (Migration/ Démocratie et droits de l’Homme/ Paix et sécurité/ Commerce, intégration régionale et investissement/ Inégalités socio-économiques/ Sécurité alimentaire).
 
 

Et la société civile dans tout ça ? 

Les OSC ont examiné les propositions avancées respectivement par la CUE et la CUA, qui devront faire l’objet d’un compromis d’ici avril 2014. Elles ont approuvé l’objectif de rationnaliser et simplifier les priorités et les structures de la Stratégie commune et tiennent à voir leur rôle confirmé dans cette nouvelle architecture.

Concernant les mécanismes institutionnels, l'enjeu principal pour les OCS est de maintenir et de conforter leur rôle  dans les  groupes d’experts et organes consultatifs ad hoc conjoints 

Concernant la révision des partenariats thématiques de la JAES, le Forum est revenu sur les propositions avancées par l'UE.

Le projet de l'UE est de donner une nouvelle dynamique à la stratégie conjointe autour de 3 grands axes de travail: :

  • Un travail commun sur la paix, la sécurité, la démocratie et les droits de l’Homme
  • Une coopération renforcée sur le développement durable et la croissance inclusive
  • Une coordination renforcée sur des thématiques mondiales

Il ne s'agit surtout, au regard de l'expérience et de la pratique de promouvoir les structures qui ont conjointement démontré leur efficacité.

La Commission de l’UA de son côté propose 5 priorités, a indiqué Joseph Chilengi,  président du comité de pilotage des OSC africaines : 

  • Paix et sécurité
  • Démocratie et gouvernance
  • Intégration régionale
  • Développement durable et inclusif
  • Développement du capital humain

Les participants ont appelé à identifier les domaines qui font la valeur ajoutée de la JAES. Des OSC africaines ont insisté sur la nécessité de préserver la dimension « développement » du partenariat et de se baser sur le plan stratégique 2014-2017 de la CUA et la vision 2063 de l’UA.

 

Le financement du partenariat
Les OSC ont salué la proposition de l’UE de lancer un Programme panafricain qui servirait à financer des projets à l’échelon continental et transrégional, soulignant toutefois la nécessité  d'y consacrer des moyens suffisants.
La question d'un partenariat réellement égalitaire avec  le financement restait  essentiellement européen a également été soulevée. Sur ce sujet, plusieurs représentants des OSC  ont appelé à la mobilisation de ressources africaines et mentionné la BAD. La nécessité d’assurer des allocations spécifiques pour les actions de la société civile a également été soulignée.

A l'occasion de la  séance de clôture du Forum Andris Piebalgs, Commissaire européen au développement, a rappelé son engagement en tant que "défenseur du pluralisme, des politiques inclusives, des préoccupations des populations et d’une démocratie participative ».  Selon lui, « les OSC ont un rôle essentiel à jouer dans les discussions et les décisions en vue du Sommet Afrique-UE d’avril 2014". Il restait  convaincu que la participation proactive de la société civile - tant au niveau politique qu’opérationnel – était vitale pour le succès de la stratégie dans les années à venir.

 

Six mois pour se faire entendre

A l’issue des travaux, le Forum a adopté une série de recommandations portant notamment sur :

  • la reconnaissance du rôle de la société civile en tant que partie prenante de la JAES et   sa participation aux processus décisionnels,
  • l’instauration de groupes de travail inclusifs avec les OSC sur les différentes priorités thématiques,
  • l’instauration de mécanismes de suivi du Partenariat incluant la société civile,
  • l’adoption d’une stratégie de communication au niveau intercontinental et aux niveaux nationaux,
  • la création d’un secrétariat permanent pour appuyer et coordonner le travail de la société civile

Des recommandations spécifiques ont également été faites sur base des conclusions des différents groupes thématiques. 

Le Forum communiquera ses propositions au maximum d’acteurs concernés en vue de mobiliser le soutien le plus large possible au cours des six mois précédant le Sommet.

Ce deuxième Forum Afrique-UE de la Société civile a montré l'engagement des OSC africaines et européennes à participer pleinement au débat sur la réforme de la Stratégie Conjointe Afrique- UE.

Pour informations: info@jaes-support.com