L’observation de la Terre au service du développement: l’initiative «GMES et Afrique» prend de la vitesse

L’observation de la Terre au service du développement: l’initiative «GMES et Afrique» prend de la vitesse

Vendredi, 26 Novembre, 2010

Lors de la réunion « GMES et Afrique », organisée à Hammamet (8-9 novembre 2010) en marge du 3e sommet Afrique-UE, les participants se sont fermement engagés à promouvoir les technologies d'observation de la Terre en appui au développement du continent africain. Les participants se sont mis d’accord sur une feuille de route, et un plan d’action devrait être adopté d’ici la fin 2011.

Sécheresse, désertification, déboisement et catastrophes naturelles: autant de phénomènes qui font obstacle au développement africain et plongent dans la pauvreté des millions d’habitants du continent. Les technologies d’observation de la Terre apparaissent aujourd’hui comme un instrument efficace et durable permettant de réaliser des avancées non seulement dans ce domaine, mais aussi sur bien d'autres fronts. Pour leur permettre de jouer ce rôle, il est cependant nécessaire de rationaliser et de coordonner les activées menées actuellement dans ce domaine et de renforcer les capacités sur le continent africain. Dans ce contexte, le partenariat Afrique-UE joue un rôle crucial.

Mise en œuvre du partenariat d’observation de la Terre: quelles sont les prochaines étapes?

C’est la première fois que tous les acteurs réussissent à surmonter leurs différences de procédures pour garantir la pérennité du projet. Toutes les parties prenantes reconnaissent en particulier la nécessité de finaliser le GMES et le plan d’action pour l’Afrique.

Professor Jorge Braga de Macedo

GMES est l’acronyme de Global Monitoring for Environment and Security, qui signifie surveillance mondiale pour l’environnement et la sécurité. C’est aussi le nom du programme européen d'observation de la Terre. L’initiative «GMES et Afrique» explore actuellement le potentiel de ces technologies pour l’Afrique dans le cadre du partenariat entre les deux continents. Les délégués réunis à Hammamet ont adopté un document stratégique qui décrit une série de mesures concrètes pour faire de ce partenariat une réalité. Les prochains grands jalons de l’initiative y ont été définis:

  • la mise en place d'une structure de gestion conjointe, dotée d’un secrétariat, afin de faciliter le dialogue;
  • l’élaboration d’un plan d’action qui sera présenté lors d’une conférence organisée à la fin 2011.

Le professeur Jorge Braga de Macedo, président de l'Institut de recherches tropicales du Portugal et coprésident du volet spatial du 8e partenariat Afrique-UE sur la science, la société de l’information et l’espace, s’est dit satisfait du résultat: «C’est la première fois que tous les acteurs réussissent à surmonter leurs différences de procédures pour garantir la pérennité du projet», a-t-il souligné. «Les aspects relatifs à la coordination ont été évalués et des mécanismes de financement identifiés afin de soutenir l’engagement politique à mettre en place une procédure qui tienne compte des intérêts des deux continents et qui soit conforme aux principes régissant les partenariats stratégiques UA-UE. Toutes les parties prenantes reconnaissent en particulier la nécessité de finaliser le GMES et le plan d’action pour l’Afrique.»

Les parties prenantes se sont engagées à finaliser le plan d’action “GMES et Afrique” en 2011: il s’agit là d’une étape essentielle pour garantir l’appropriation du GMES par les Africains et mobiliser des fonds pour les années à venir. Le développement des capacités pour les Africains et pour la mise au point d’applications spécifiques en Afrique sera l’une des grandes priorités.

Mme. Christine Berg

Un avis que confirme Christine Berg, chef d’unité du Bureau GMES de la DG Entreprises et industrie de la Commission européenne, fort de dix ans d'expérience dans la recherche sur l’utilisation de l’observation de la Terre pour des applications axées sur l’utilisateur. «Les parties prenantes se sont engagées à finaliser le plan d’action “GMES et Afrique” en 2011: il s’agit là d’une étape essentielle pour garantir l’appropriation du GMES par les Africains et mobiliser des fonds pour les années à venir, a-t-elle expliqué. La prochaine étape consistera à identifier les contributions des différents acteurs au plan d’action, y compris les contributions en nature de l’infrastructure GMES européenne. Le développement des capacités pour les Africains et pour la mise au point d’applications spécifiques en Afrique sera l’une des grandes priorités.»

Contribuer aux objectifs du développement

Vu les spécificités du continent africain et grâce à l'amélioration des systèmes d'alerte rapide et d'information sur la gestion des terres, nombreux sont les domaines thématiques d’observation de la Terre qui peuvent être très utiles aux citoyens africains.

Mr. Mohamed Ben Amor

«Les applications de l’observation de la Terre ont été reconnues comme essentielles pour soutenir le développement durable et contribuer à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement», a expliqué Mohamed Ben Amor, directeur général du Centre d’études et de recherches sur les télécommunications et coprésident africain du groupe d'experts conjoint pour le 8e partenariat. «Vu les spécificités du continent africain et grâce à l'amélioration des systèmes d'alerte rapide et d'information sur la gestion des terres, nombreux sont les domaines thématiques d’observation de la Terre qui peuvent être très utiles aux citoyens africains», a-t-il expliqué, citant comme exemples la vulnérabilité au changement climatique, la gestion des zones terrestres/maritimes et côtières, la gestion des ressources en eau, la sécurité alimentaire et le développement rural.

Il a ensuite épinglé une série de lacunes au niveau du cadre institutionnel et politique africain actuel qui font obstacle au développement de ces applications. Ainsi, les activités d’informations géospatiales se heurtent souvent à un manque de coordination, d’infrastructures et de capacités disponibles. La plupart des projets menés actuellement dépendent des bailleurs de fonds, et, d’une manière générale, l’accès aux données géospatiales et leur partage – au niveau continental, régional et sous-régional – n'est pas suffisamment réglementé. Enfin, l’accès aux informations des fournisseurs de données est également insuffisant.

Unir les forces

L'Afrique jouera un rôle clé en développant les capacités internationales, ce qui permettra de mieux comprendre la dynamique du changement mondial et de développer des réponses appropriées à l’échelon international.

Mr. Daan du Toit

Le partenariat avec l’UE est un atout stratégique qui doit permettre de surmonter ces obstacles. «L’initiative «GMES et Afrique» s'appuiera sur les solides fondations politiques établies par la stratégie conjointe Afrique-Union européenne et la déclaration de Lisbonne. Les capacités africaines et européennes d’observation de la Terre pourront ainsi être exploitées dans le cadre d’un nouveau partenariat visant à contribuer au développement durable sur le continent africain», a expliqué Daan du Toit, conseiller senior en S&T auprès de l’UE pour le département sud-africain des sciences et des technologies. «GMES et Afrique» créera un cadre stratégique et opérationnel en vue de mettre à la disposition des autorités régionales et nationales africaines des données et des outils d’observation terrestre, dont ceux développés par le biais du déploiement des services GMES en Europe.»

Et de souligner que cette coopération sera bénéfique aux deux parties: «L’Afrique devrait profiter considérablement des échanges d’expérience avec l’Europe, expériences que l’Europe a acquises grâce au développement du GMES au cours de ces dix dernières années. Dans le même temps, l’Afrique peut mettre son expertise unique et ses ressources au service des initiatives d’observation terrestre afin de relever des défis communs comme le changement climatique. En alimentant le système avec ses propres données et grâce à l'expérience de ses experts dans le traitement de ces données, l'Afrique jouera, elle aussi, un rôle clé en développant les capacités internationales, ce qui permettra de mieux comprendre la dynamique du changement mondial et de développer des réponses appropriées à l’échelon international.»

Comme l’explique M. du Toit, «GMES et Afrique» sera spécifiquement axé sur le développement des capacités en Afrique par le biais d'initiatives de partenariat avec l'Europe. «Son cadre stratégique garantira une coordination appropriée et évitera toute duplication avec d’autres initiatives», a-t-il ajouté.

Cette initiative apportera une contribution capitale au système mondial des informations de la Terre (GEOSS), une initiative internationale unique reliant une panoplie diversifiée et toujours plus large d’instruments et de systèmes pour le suivi et la prévision des changements au niveau de l’environnement mondial, la réponse à l’urgence et d’autres applications.

Rationaliser pour plus d’efficacité

Plusieurs initiatives d’observation de la Terre sont déjà mises en œuvre avec succès. Celles-ci incluent le développement des capacités par le biais du projet AMESD (programme de surveillance de l’environnement en Afrique pour le développement durable), l’initiative TIGER de l’ASE, qui soutient des projets d'approvisionnement en eau en Afrique, ainsi que de nombreux projets au titre du septième programme-cadre (par ex. GEOLAND2 sur la surveillance de l’environnement terrestre, le projet AEGOS de création d’un système d’information sur les ressources géospatiales africaines et européennes, DevCoCast pour la diffusion de données d’observation de la Terre et MALAREO pour l’observation concernant le contrôle des vecteurs du paludisme et la lutte contre ces derniers). Parmi les projets du 7e PC offrant un soutien ciblé à l’initiative «GMES et Afrique», citons par exemple Garnet-E, projet axé sur le développement des capacités pour la gestion des catastrophes naturelles et d'origine humaine, et le réseau d'observation marine et terrestre Europe-Afrique (EAMNet).

Le développement de l’initiative «GMES et Afrique» permettra d’intégrer ces diverses initiatives et projets de la manière la plus efficace possible et facilitera l'accès au financement à long terme conformément aux priorités exposées dans le plan d'action.

Contexte

La stratégie «GMES et Afrique» a été lancée à Lisbonne, en décembre 2007, afin de créer une initiative pour coordonner les activités d’observation de la Terre en Afrique. Ce processus a été lancé suite à la déclaration de Maputo signée en octobre 2006 appelant à étendre l’initiative européenne GMES aux pays ACP.