Les projets de recherche Afrique-UE contribuent à la sécurité alimentaire et nutritionnelle

Les projets de recherche Afrique-UE contribuent à la sécurité alimentaire et nutritionnelle

Lundi, 16 Décembre, 2013

Une session du Dialogue politique de haut niveau Afrique-UE sur la Science, la Technologie et l’Innovation (STI) s’est tenue les 28 et 29 novembre 2013 à Bruxelles.

 

Les initiatives euro-africaines STI pour la promotion de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et pour une agriculture durable ont fait l’objet, en marge de la session, d’un séminaire co-présidé par le Prof. John Wood, Secrétaire général de l’Association des Universités du Commonwealth (UK) et le Dr. Yemi Akinbamijo, Directeur exécutif du FARA, le Forum pour la Recherche agricole en Afrique.

 

Après une introduction par le Dr Elisabeth Lipiatou (DG Recherche & Innovation à la Commission européenne) et le Dr Abdul-Hakim Elwaer, (Directeur Ressources Humaines, Sciences et Technologies à la Commission de l’UA), six initiatives conjointes ont été présentées et ont alimenté un débat sur la contribution du partenariat Afrique-UE lié à la recherche sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

 

 

PAEPARD

Des partenariats Afrique-UE pour la Recherche agricole

 

PAEPARD (Platform for African European Partnership in Agricultural Research for Development/ Plateforme pour un partenariat Afrique-Europe dans le domaine de la RAD) a été présenté par François STEPMAN (Centre Technique pour l’Agriculture et la Coopération Rurale), co-gestionnaire du projet. 

 

Le projet est dirigé par le Forum pour la Recherche Agricole en Afrique (FARA), en collaboration avec Agrinatura, le réseau européen d’enseignement et de recherche. Il est soutenu par l'UE à travers son Programme thématique de sécurité alimentaire.

 

L’objectif est de consolider la collaboration scientifique et technique entre l’Afrique et l’Europe dans le domaine de la RAD.

 

La première phase (2007 - 2008) a permis d’identifier des problèmes causés par la concentration des partenariats sur deux catégories institutionnelles d’acteurs (universités et instituts nationaux de recherche) ainsi que des déséquilibres et frustrations liés au fait que la plupart des projets étaient européens.

 

La deuxième phase (2009-2013) a dès lors mis l’accent sur des partenariats plus inclusifs étendus aux organisations paysannes, groupes de la société civile, agents de vulgarisation, secteur privé, instituts d’enseignement, réseaux politiques, ainsi que sur le renforcement des capacités africaines locales. PAEPARD II facilite ainsi des partenariats plus équitables et davantage orientés vers la demande des utilisateurs. Il soutient à ce jour 19 partenariats/consortia multi-acteurs. Le programme a été prolongé jusqu’en 2017 et fait figure de modèle.

 

Plaidant pour une plus grande participation du secteur privé, François Stepman a cité le projet AFTER (Aliments traditionnels africains), appuyé par l’UE, comme exemple, entre autres, de collaboration réussie entre chercheurs et PME pour valoriser les résultats de la RAD.

 

Quand la recherche revisite des produits traditionnels africains

 

Coordonné par le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement - France),  AFTER mobilise des équipes interdisciplinaires de 7 pays africains et 4 pays européens. Son ambition est d’améliorer la qualité d’aliments traditionnels africains en vue de répondre aux goûts des consommateurs urbains en Afrique et même en Europe.

 

Un des produits étudiés est le jus d’hibiscus rouge (bissap), une boisson traditionnelle en Afrique, désaltérante et aux vertus anti-oxydantes, obtenue à partir du calice séché de la fleur. Il était jusqu’à récemment fabriqué de façon artisanale par des groupes de femmes. La diaspora africaine d’Europe et des Etats-Unis, grand amateur, venait acheter les feuilles séchées en grandes quantités. L’Institut Technologique Alimentaire (ITA) de Dakar, en collaboration avec un institut belge, a réalisé l’atomisation des feuilles d’hibiscus. Réduites en poudre, celles-ci ont pu être exportées en sachets de 25 grammes. Une entreprise privée, Valdafrique, s’est intéressée à l’innovation et après l’achat d’un atomiseur industriel, a produit la poudre à grande échelle. L’exportation vers l’Europe et les Etats-Unis est actuellement en plein croissance. Un bel exemple de partenariat multi-acteurs gagnant-gagnant.

 

 

Le concept de Recherche agricole intégrée pour le développement (IAR4D) et le  « Programme challenge  pour l’Afrique sub-saharienne »  (SSA CP)

 

Le projet a été présenté par Adewale ADEKUNLE (FARA - Ghana).

 

A travers l’IAR4D, le FARA cherche à promouvoir des systèmes d’innovation agricoles en encourageant des agriculteurs, entrepreneurs, acteurs de vulgarisation, distributeurs d’intrants, chercheurs, décideurs politiques, transporteurs, établissements financiers et de crédit, à travailler ensemble pour valoriser une filière agricole.

 

A ce jour, 36 plates-formes d’innovation (PI) interactives ont été mises en œuvre dans 8 pays : RDC, Malawi, Mozambique, Niger, Nigeria, Rwanda, Ouganda et Zimbabwe. D’autres pays ont montré leur intérêt.  

 

En Ouganda, l’approche IAR4D a encouragé la fabrication, à partir du sorgho, une culture traditionnelle mais qui était peu rentable, d’une nouvelle boisson (Mamera) non alcoolisée, bonne pour la santé. Le processus a été mis au point par des chercheurs de l’Université Makerere et a intéressé un entrepreneur privé. La boisson est aujourd’hui vendue dans les magasins et les supermarchés d’Ouganda et quelque 5000 producteurs de sorgho ont vu leurs revenus augmenter de 80% en moyenne.

 

De nombreux exemples similaires (pommes de terre irlandaises au Rwanda, boissons Kasiksi et Mutobe en RDC, etc.) démontrent les avantages de l’IAR4D sur des approches plus conventionnelles : augmentation des rendements, des revenus, du nombre d’emplois, etc.

 

 

ADAPPT

Des bio-pesticides pour la sécurité alimentaire

 

Le projet ADAPPT (African Dryland Alliance for Pesticidal-Plant Technologies/Alliance des régions arides d’Afrique pour des technologies utilisant des pesticides végétaux - 2009-2013) a été présenté par Philippe STEVENSON (Institut des Ressources naturelles, Université de Greenwich, UK).

 

Financé par le Programme ACP-UE de coopération en science et technologie, il vise à développer l’utilisation de bio-pesticides comme outils susceptibles de contribuer à la sécurité alimentaire et de promouvoir une agriculture durable.

 

Dans ce but, il a créé un réseau de scientifiques spécialisés de haut niveau pour étudier les bio-pesticides comme alternative sûre et efficace aux pesticides synthétiques. Le réseau comptait 10 institutions de 8 pays en 2010. Il s’étend aujourd’hui à 30 pays. La première Conférence internationale sur les bio-pesticides organisée par ADAPPT au Kenya en janvier 2013 a été un succès.

 

Dans le cadre du projet, plus de 200 scientifiques et étudiants africains ont été formés et ont fait progresser de façon significative la recherche relative aux insecticides végétaux. Quelque 500 agriculteurs ont reçu une formation pour utiliser les bio-pesticides de façon efficace. Le projet a inclus la publication de nombreux articles dans des revues spécialisées, de matériel d’information et de bases de données relatives aux plantes avec les modes d’emploi pour s’en servir  comme insecticides.

 

Il importe toutefois de mieux vulgariser et commercialiser ces nouvelles technologies. Une collaboration forte entre chercheurs et entreprises privées est nécessaire pour traduire les résultats de la recherche en produits et services, souligne Philippe Stevenson. Ce sera la tâche d’un nouveau projet du Programme ACP-UE de coopération en S&T.

 

 

CAAST-NET Plus

 Promouvoir la coopération entre l’Afrique subsaharienne et l’UE pour la recherche et l’innovation face aux défis mondiaux

 

CAAST-Net Plus (2013 - 2016) a pris le relais de CAAST-Net (2008-2012) et bénéficie du soutien du 7ème Programme-Cadre de l’UE. C’est un projet INCO-NET, l’instrument de coopération internationale qui vise à structurer et renforcer la coopération scientifique et technologique de l’UE avec les autres régions du monde. Il a été présenté par Judith Ann FRANCIS (Centre technique pour la coopération agricole et rurale - Pays-Bas).

 

CAAST-Net Plus est un consortium de 25 partenaires représentant 11 pays africains (Egypte, Ghana, Afrique du Sud, Kenya, Ouganda, Rwanda, Cap Vert, Sénégal, Nigeria, Madagascar, Malawi), 10 pays européens (Royaume Uni, France, Allemagne, Finlande, Espagne, Portugal, Suisse, Pays Bas, Grèce, Autriche) et 1 pays associé (Norvège). Le coordinateur est l’Association des Universités du Commonwealth (UK).

 

Judith Ann Francis a étudié l’impact des projets conjoints de Recherche et Innovation sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Un des principaux problèmes reste la difficulté d’accès aux nouvelles techniques et opportunités développées par les chercheurs. Parmi les participants africains à ces projets, 36% sont situés en Afrique du Sud, 10% au Kenya et 8% au Ghana. En revanche, les pays présentant les plus grands risques alimentaires comme la RDC ou le Niger sont sous-représentés. 

 

CAAST-Net Plus va s’employer à renforcer la coopération bi-régionale et envisage : 

  • l’élaboration, avec les parties prenantes, d’une feuille de route,
  • la création d’un « think-tank » Afrique-UE sur les Sciences alimentaires et de la nutrition, chargé de guider et d’influencer les politiques, 
  • L’organisation d’un Forum avec toutes les parties prenantes
  • L’instauration de plates-formes bi-régionales regroupant les chercheurs en sciences alimentaires et de la nutrition et les autres parties prenantes (agriculteurs, consommateurs, industries et PME…) pour traduire les résultats en produits.

Une plate forme multimédia devrait favoriser la communication et les interactions.

 

 

IntensAfrica

Pour le développement durable et l’intensification des systèmes agricoles

 

IntensAfrica, une nouvelle et ambitieuse initiative européenne de partenariat en matière de recherche et d’innovation avec l’Afrique, a été présentée par Philippe PETITHUGUENIN du CIRAD. Son objectif est l’intensification durable des systèmes de production agroalimentaires. Portée par le CIRAD et l’Université de Wageningen, l’initiative rassemble les partenaires scientifiques de 13 pays européens et implique la recherche agricole africaine à travers le FARA.

 

L’idée du projet a germé à partir des questions que les deux continents se posent sur l’avenir de leur agriculture dans le cadre, en Europe, de la réforme de la PAC, et en Afrique, de l’adoption d’un programme politique de développement de l’agriculture sous l’égide de l’UA (CAADP).

 

IntensAfrica soutient l’Agenda pour la Science de l'Agriculture en Afrique (ASAA) et devrait contribuer à sa mise en œuvre.

 

Une des préoccupations majeures de l’agenda africain est la diversité des systèmes de production agricole à travers le continent. « Il faut travailler sur cette diversité pour considérer les différentes voies d’évolution de l’agriculture », souligne Philippe Petithuguenin. En effet, selon la philosophie d’Intensafrica, il n’y a pas de modèle meilleur qu’un autre. Il ne s’agit pas d’arbitrer entre les différents systèmes mais à terme, de pouvoir effectuer des choix éclairés parmi une multitude de modèles alternatifs en fonction de chaque contexte.

 

La mise en oeuvre d’IntensAfrica s’inscrit dans la durée. Après une période de préparation (2014-2016), le lancement pourrait se faire en 2017.

 

 

La validation et la diffusion de stratégies respectueuses de l’environnement pour lutter contre les thrips en Afrique

 

Le programme a été présenté par Sevgan SUBRAMANIAN (International Centre of Insect Physiology and Ecology, ICIPE, Nairobi). Il est financé par le Programme de subventions de recherche de l'Union africaine.

 

L’objectif est d’élaborer des stratégies et des technologies de bon rapport coût/efficacité et respectueuses de l’environnement pour lutter contre les dégâts causés par les thrips aux cultures de légumineuses à graines (niébé et autres espèces locales). Il s’agit de développer des solutions moins dépendantes des pesticides synthétiques. A travers un partenariat public/privé impliquant le producteur de bio-pesticides Real IPM Kenya Ltd, ICIPE a commercialisé avec succès un entomopathogéne fongique actuellement vendu sous la marque « Campaign » et « Real Metarhizium » dans 5 pays africains.

 

Un consortium euro-africain de centres d’excellence internationaux, dont ICIPE (Kenya), Plant Research International (Pays-Bas), Plant and Food Research (Nouvelle-Zélande), CIRAD (France), d’entreprises privées comme Real IPM (Kenya) et de partenaires régionaux comme l’Université Makerere (Ouganda) et l’Institut de Recherche agricole du Kenya, est impliqué dans le projet. Il travaille sur des stratégies innovantes de lutte biologique intégrée contre les thrips pour améliorer la sécurité alimentaire et les conditions de vie des petits exploitants de légumineuses à graines en Afrique de l’Est.

 

Le projet contribue également au renforcement des capacités africaines de recherche relative aux thrips à travers des formations au niveau de la maîtrise, du doctorat et du post-doctorat.