La géopolitique de l’alimentation – quels sont les facteurs qui régissent l’agriculture mondiale?

La géopolitique de l’alimentation – quels sont les facteurs qui régissent l’agriculture mondiale?

Jeudi, 10 Février, 2011

Réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de faim et de malnutrition à l’horizon 2015 dans tous les pays d’Afrique est l’un des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et un objectif déclaré du partenariat UE-Afrique sur les OMD. Les objectifs relatifs à la sécurité alimentaire qui ont été adoptés dans le cadre de ce partenariat consistent notamment à renforcer l’accès à la nourriture et la gouvernance dans le secteur agricole, et à intégrer l’agriculture et la sécurité alimentaire à l’agenda du développement aux niveaux national, régional et continental.

Le briefing de Bruxelles sur le développement n°21, consacré à la géopolitique de l’alimentation, s’est tenu à Bruxelles le 2 février 2011, et a rassemblé des acteurs clés du monde entier pour discuter de la question de la sécurité alimentaire et de sa géopolitique.

La faim, question politique ou agricole?

On compte, parmi les enjeux rencontrés en matière de sécurité alimentaire au XXIe siècle:

  • le changement climatique;
  • la sécurité énergétique;
  • la croissance démographique;
  • le chômage des jeunes;
  • l’acquisition de terres arables au niveau mondial;
  • la migration et l’urbanisation;
  • la pénurie d’eau;
  • la réduction des transferts de fonds;
  • la demande en biocarburants;
  • la diminution, ces vingt dernières années, des investissements dans la recherche.

Un des organisateurs du briefing et un haut-représentant partagent leur point de vue sur la réalisation de l’objectif relatif à la sécurité alimentaire.

Ousmane Djibo est le coordonnateur du programme phare de la NPCA intitulé «Gestion durable des ressources en terre et en eau».

Comment aider les plus vulnérables?

«Les gouvernements doivent promouvoir la mise en place de filets de sécurité sociale pour les plus vulnérables, et il convient de mettre davantage l’accent sur les investissements qui portent principalement sur la production locale de denrées alimentaires de base.
Il est donc nécessaire:

  • de mettre en place des politiques cohérentes et coordonnées en matière d’alimentation et d’agriculture;
  • d’obtenir des informations de qualité pour améliorer les programmes et les interventions;
  • d’allouer au moins 10 % des budgets nationaux à l’agriculture (déclaration de Maputo);
  • d’augmenter, à long terme, les engagements des donateurs, au-delà des mesures prises suite à une crise;
  • de donner une plus grande priorité à la promotion des marchés régionaux.»

L’insécurité alimentaire est-elle une question politique?

«Oui. Certains gouvernements sont lents à reconnaître que leur population est confrontée à l’insécurité alimentaire, car pour beaucoup, cela reviendrait à admettre que leurs politiques ont échoué. Leur comportement retarde l’adoption de mesures d’intervention qui pourraient être prises plus rapidement, ce qui permettrait de réduire le nombre de victimes.

Nous devons également être conscients que le caractère généralement conjoncturel des intérêts politiques – qui se limitent aux prochaines élections – a une incidence sur les stratégies relatives à la sécurité alimentaire. Nous devons prendre des mesures concrètes, notamment investir davantage dans l’agriculture afin de faciliter l’accès:

  • aux terres arables pour les petits exploitants, les femmes;
  • au marché et à l’information;
  • aux financements;
  • aux services de vulgarisation;
  • à la bonne infrastructure.»

La crise financière ayant une incidence sur les flux d’aide, quels types de diversification les agriculteurs d’Afrique seront-il encouragés à étudier?

«Même sans la crise financière, les agriculteurs d’Afrique devront étudier la manière dont ils peuvent participer à la mise en place d’une nouvelle architecture en matière d’aide au développement. Il s’agira notamment d’attirer le secteur privé à investir dans l’agriculture en Afrique, aussi bien du continent que de l’extérieur, y compris dans le cadre de la coopération Sud-Sud avec le Brésil, l’Inde et la Chine, ainsi que d’autres économies émergentes.»

 

Isolina Boto est la directrice du bureau de Bruxelles du CTA, qui a organisé le briefing.

S’agissant des politiques mondiales, que peut-on faire pour réduire la volatilité des prix?

«Les donateurs (UE, donateurs bilatéraux et multilatéraux) devraient investir davantage, et de manière plus continue dans l’agriculture en Afrique, car elle constitue un secteur essentiel en termes de sécurité alimentaire, de création d’emploi et de filets de sécurité, notamment. Ces questions devraient ensuite faire l’objet d’une attention particulière par les pays mêmes.»

Les consommateurs ont développé un intérêt pour la manière dont la nourriture est produite et traitée. Cela peut-il aider?

«Un nombre croissant de consommateurs, du moins dans les pays développés, s’intéressent de plus en plus à la manière dont la nourriture est produite. Mais si les normes sont trop strictes, elles peuvent également exclure des parts de marché des pays les plus pauvres et sont susceptibles de porter préjudice aux petits agriculteurs.

Il est essentiel que les consommateurs reçoivent des données transparentes. Le gaspillage de la nourriture dans les pays développés est un scandale, et bien que le kilomètre alimentaire pour exporter des produits depuis des pays en développement dans l’Union européenne soit élevé, ceci pourrait être compensé par le fait que les émissions de dioxyde de carbone et les quantités d’eau utilisées sont moins importantes comparées aux serres de nos pays. Les gens ont besoin de toutes les informations pour faire leur choix.»

S’agissant des politiques mondiales, que peut-on faire pour réduire la volatilité des prix et diminuer l’impact sur la demande croissante en biocarburants?

«Le développement de plantations commerciales de biocarburants, qu’ils soient destinés à l’exportation ou aux marchés intérieurs, a des conséquences importantes en termes d’utilisation des terres arables et d’accès à ces dernières dans les pays producteurs.

Cette nouvelle source de demande de produits agricoles peut offrir aux pays en développement la possibilité de tirer parti de la croissance de l’agriculture pour favoriser le développement rural et réduire la pauvreté. Il existe cependant un risque que l’augmentation des prix des denrées alimentaires ait des conséquences très graves pour la sécurité alimentaire des populations les plus pauvres de la planète.»