Interconnecter l’Afrique. Un instrument novateur: le Fonds fiduciaire UE-Afrique pour les infrastructures

Interconnecter l’Afrique. Un instrument novateur: le Fonds fiduciaire UE-Afrique pour les infrastructures

Vendredi, 26 Novembre, 2010

L'accès limité aux transports, aux communications, à l'eau et à l'énergie est un obstacle majeur à la croissance économique en Afrique. La Banque mondiale estime que pour rattraper son retard en matière d’infrastructures, l'Afrique aura besoin de 93 milliards de dollars par an, la moitié de ce montant étant actuellement disponible. (Rapport 2009 de la Banque mondiale « Infrastructures africaines : une transformation impérative »).

Ce grave déficit d’infrastructures est un défi que l’Union européenne et l’Afrique se sont attelées à relever ensemble, à travers notamment le Partenariat Afrique-UE pour les infrastructures. Instrument clé de ce partenariat, le Fonds fiduciaire UE-Afrique pour les infrastructures, créé conjointement par la Commission européenne, les Etats membres de l’UE et la Banque européenne d’investissement (BEI), est opérationnel depuis 2007. La Banque africaine de développement (BAD) et la Commission de l’Union africaine en sont des partenaires essentiels.

Le Fonds fiduciaire a pour vocation de stimuler les investissements dans de vastes projets transfrontaliers d’infrastructure en vue d’encourager la coopération et l’intégration régionales en Afrique subsaharienne et contribuer de la sorte au renforcement des échanges commerciaux, de la croissance économique et du développement humain.

Un chantier de grands projets régionaux

Depuis le lancement du Fonds fiduciaire, nous avons approuvé 35 projets dans les quatre secteurs - énergie, transports, eau, nouvelles technologies de l’information et des communications (TIC)- pour un montant total de 210 millions d’euros.

Mr. Lluis Riera

« Depuis le lancement du Fonds fiduciaire, nous avons approuvé 35 projets dans les quatre secteurs - énergie, transports, eau, nouvelles technologies de l’information et des communications (TIC)- pour un montant total de 210 millions d’euros », indique Lluis Riera, directeur de la politique de développement à la direction générale du développement de la Commission européenne et coprésident du comité de pilotage du Fonds fiduciaire (1).

« Nous avons 2 projets dans le domaine de l’eau (22 millions €), 19 projets pour l’énergie (89 millions €), 11 pour les transports (87 millions €) et 3 pour les technologies de l’information et des communications TIC (11 millions €). Dans le secteur des TIC, par exemple, moins traditionnel que l’eau ou les transports, nous appuyons un projet phare qui représente le premier programme sérieux en ce domaine en termes d’implications régionales. C’est un système de câble sous marin à fibres optiques (EASSy - Eastern Africa Submarin System) qui va du Mozambique jusqu’à Djibouti et Port Soudan en remontant toute la côte orientale de l’Afrique et qui facilitera énormément les communications dans la région est-africaine. 

Parmi les projets plus récemment adoptés, je mettrais en exergue, dans le secteur énergétique, celui du Pool d’énergie ouest africain (WAPP : West Africa Powerpool) qui permettra de développer l’infrastructure et les échanges d’électricité à travers tous les pays d’Afrique de l’Ouest.

En matière de transports, la Commission européenne est entrée, avec l’Agence française de développement et la BEI, dans le projet du corridor routier de Nacala, en Zambie.

Nous avons aussi un programme assez novateur dans le domaine de la télémédecine via satellite que nous avons mis sur pied avec l’Agence spatiale européenne et qui sera annoncé à l’occasion du Sommet Afrique-UE de Tripoli. »

Dr. Aboubakari Baba Moussa, Directeur de l'énergie et de l'infrastructure de l'Union africaine, présente son point de vue sur la coopération Afrique-UE dans ce domaine.

Actuellement partenaire clé du Fonds fiduciaire, la Banque africaine de développement pourrait prochainement en devenir un participant de plein droit. Les infrastructures de base ont représenté, en 2009, 52% des investissements de la BAD. 

« Avec la Banque mondiale et nous, la BAD fait partie des trois principaux financeurs d’infrastructures en Afrique », explique Lluis Riera. « Par conséquent, il est extrêmement important qu’elle puisse devenir un participant de plein droit dans le cadre du Fonds fiduciaire.

Parmi les 35 projets retenus par le Fonds à ce jour, plusieurs sont déjà cofinancés avec la Banque africaine de développement. Mais autre chose est de faire entrer la BAD à l’intérieur de la plate-forme de financement européenne et de la construction des projets. Il existe un accord politique pour aller dans ce sens. Reste à régler les modalités pratiques. Il y a quelques problèmes techniques liés au fait que la BAD a des normes de marchés publics différentes de celles de l’UE. Un travail de mise en cohérence est donc indispensable et en train d’être réalisé. Quand il sera achevé, la BAD pourrait apporter toute sa capacité de préparation des projets qui est extrêmement importante. Ce serait un élément fort de redynamisation du partenariat. »

La principale difficulté n’est pas de choisir les projets d’infrastructureà appuyer, en partenariat avec l’Union africaine, mais d’en faire le montage technique et financier.

« Concernant les priorités, on arrive, avec quelques nuances par ci par là, à bâtir un consensus entre les différents intervenants dans le domaine des infrastructures en Afrique », constate Lluis Riera. « C’est un partenariat. Nous travaillons avec la BAD, l’UA et les organisations régionales pour déterminer les différents corridors à financer. Nous disposons de cartes indiquant les réseaux et les chaînons manquants prioritaires ; il y a toujours plus ou moins un accord à ce sujet. Nous savons ce que nous devons faire mais il ne s’agit pas seulement de posséder une liste de projets. Le grand problème, c’est de réaliser une liste de projets qui soient techniquement mûrs pour être financés. Cette phase initiale de préparation et de construction technique d’un projet est la plus difficile et prend du temps. Ce sont des constructions relativement compliquées qui font appel à l’assistance technique et auxquelles nous nous attelons tous ensemble.

A l’intérieur même du Fonds fiduciaire, la sélection se fait à trois niveaux :

  • Le comité de pilotage donne les orientations stratégiques.
  • Le comité exécutif est l’organe de décision du Fonds fiduciaire.
  • Le groupe financier, constitué par la BEI et les agences financières de développement des Etats membres, fait une analyse purement technique et financière et réalise le montage des projets. »

Le Fonds fiduciaire présente l’originalité de mixer les aides non remboursables de la Commission européenne et des Etats membres de l’UE et les prêts de la BEI et des organismes de financement du développement des Etats membres pour créer une véritable plate-forme de financement européenne.

En associant ceux qui donnent des subventions et ceux qui accordent des prêts, le Fonds fiduciaire s’affirme comme un instrument novateur.

Mr. Lluis Riera

« En associant ceux qui donnent des subventions et ceux qui accordent des prêts, le Fonds fiduciaire s’affirme comme un instrument novateur », souligne Lluis Riera. « Il a un effet de levier et de multiplicateur des subventions de la Commission européenne et des bailleurs européens. A l’heure où l’on parle beaucoup du besoin de mixage entre dons et prêts, le Fonds a été un précurseur important. Sur 200 millions d’euros de subventions données à ce jour, nous avons réussi à obtenir des montages financiers de l’ordre de 2 milliards d’euros. Le montant que nous avons offert a donc été multiplié par 10. En outre, l’expertise des différentes institutions financières européennes sur le terrain contribue à une meilleure gestion des grands investissements d’infrastructures en Afrique. A l’effet quantitatif, s’ajoute l’apport qualitatif d’un meilleur montage financier et technique des projets, qui est aussi extrêmement important. »

(1) Le coprésident africain est le directeur, infrastructures et énergie, de la Commission de l’Union africaine.