Entretien avec... Bience Philomina GAWANAS, commissaire de l'UA chargée des affaires sociales

Entretien avec... Bience Philomina GAWANAS, commissaire de l'UA chargée des affaires sociales

Vendredi, 12 Novembre, 2010

Dans le sillage du Sommet des Nations-Unies sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMDs), la position commune africaine sur les OMDs a été communiquée. Elle indique que l'Afrique a fait de sérieux progrès et que les nations africaines ont mis en place des politiques audacieuses et novatrices. L'équipe du bulletin Link! de la délégation de l'UE à Addis Abeba a interviewé Dr. Bience Philomina GAWANAS, le Commissaire de l'Union africaine des Affaires sociales.

Le 22 septembre 2010, l’ONU a convoqué un sommet de haut niveau consacré aux OMD. Que visait la position commune africaine? Les attentes de la Commission de l’UA ont-elles été satisfaites?

La CUA nous encourage à être solidaires, à l’échelle continentale et mondiale, dans nos efforts pour réduire la pauvreté et l’inégalité et pour favoriser le développement humain et social. Il est particulièrement important pour l’Afrique d’assurer que le développement social et humain demeure une priorité élevée sur le plan africain et mondial. Nous constatons que tous les OMD traitent du développement social et humain, et que des progrès ont effectivement été faits dans ce domaine et dans la réalisation des OMD. Toutefois, en matière de développement social, l’Afrique reste confrontée à de nombreux défis qui ont des retentissements sur la population, notamment sur les personnes démunies et vulnérables.

L’Afrique a donc participé au sommet de haut niveau de l’ONU sur les OMD afin de mettre en avant le sort pénible de l’Afrique et de toutes les nations en développement, surtout celles qui ont pris du retard dans la réalisation des OMD. Une attention considérable a été accordée aux pays en développement en vertu des résolutions 8, 9, 19 et 26.

Les dirigeants africains ont adopté une position commune lors de la 15e session ordinaire de l’Assemblée de l’UA. Les décisions prises lors de ce sommet de l’UA ont été reprises dans les conclusions du sommet de l’ONU sur les OMD. En voici quelques extraits:

«À cet égard, nous nous réjouissons de la convocation du quinzième Sommet de l'Union africaine, à Kampala du 19 au 27 juillet 2010, sur le thème de “La santé maternelle, infantile et néonatale et le développement en Afrique”; du lancement de la campagne de l’Union africaine sur la “réduction accélérée de la mortalité maternelle en Afrique”; de la campagne “L’Afrique n’est pas indifférente: aucune femme ne devrait mourir en donnant la vie”.» (Résolution 63)

«Nous tenons tout particulièrement à exprimer notre profonde inquiétude au sujet de la lenteur des progrès réalisés en matière de réduction de la mortalité maternelle et d’amélioration de la santé maternelle et génésique. Les avancées concernant d’autres Objectifs du Millénaire pour le développement sont fragiles et doivent être soutenues afin d’éviter toute régression.» (Résolution 20)

Par conséquent, les attentes de l’Afrique lors du sommet de haut niveau de l’ONU sur les OMD ont été satisfaites.

Pourquoi avoir choisi le thème de la santé maternelle, infantile et néonatale et du développement en Afrique pour le 15e sommet de l’UA qui s’est tenu à Kampala (19-27 juillet 2010)? Quelles décisions importantes ont été prises à l’issue du sommet?

Lors de son précédent sommet en 2009, l’Assemblée [Assembly/AU/Dec.232(XII)] avait adopté la santé maternelle, infantile et néonatale et le développement en Afrique comme thème de la 15e session ordinaire de l’Assemblée de l’UA pour les raisons suivantes:

  • la santé maternelle, infantile et néonatale est fortement liée au développement en Afrique. En outre, tous les OMD sont directement ou indirectement liés à la santé maternelle et infantile;
  • s’apercevant que les OMD 4, 5 & 6 ne seraient probablement pas atteints en Afrique, les chefs d'État ou de gouvernement de l’UA ont dû réfléchir à des moyens d’accélérer les progrès pour atteindre les objectifs liés à la santé maternelle, infantile et néonatale;
  • ces chefs d'État ou de gouvernement de l’UA ont dû faire le point sur les progrès réalisés par rapport à leurs engagements précédents, tels l’«Appel d'Abuja» et le plan d'action de Maputo, et prendre des décisions sur la voie à suivre.

Voici quelques-uns des messages clés du sommet:

  • adopter une démarche approfondie, intégrée et multisectorielle de tous les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), notamment des OMD 1 (c), 4, 5, 6;
  • mettre en place des systèmes de santé intégrés et renforcés pour la mise à disposition d’interventions et de services à toutes les étapes importantes de la vie;
  • il est primordial d’augmenter les interventions et d’encourager de meilleures pratiques en matière de nutrition pour promouvoir la santé des femmes et des enfants et pour atteindre les OMD;
  • investir dans la bonne santé des femmes et des enfants;
  • faire preuve d’esprit d’initiative et assurer une gestion efficace pour un système durable d’accès aux soins de santé;
  • repositionner le planning familial et promouvoir l’accès pour tous aux services de santé génésique – promouvoir les grossesses sans risques;
  • augmenter les financements externes, mobiliser les ressources intérieures (y compris la cible de 15 % d’Abuja) et assurer une exploitation efficace des ressources disponibles.

À la suite du débat centré sur ces messages clés, la 15e session ordinaire de l’Assemblée de l’UA a adopté les mesures suivantes:

  • lancer la campagne CARMMA dans nos pays et l’élargir pour en faire une stratégie de mobilisation en faveur de la promotion de la santé maternelle, infantile et néonatale; impliquer toutes les parties prenantes principales: les femmes, les enfants et les jeunes gens, les personnes handicapées, les parlementaires, les chefs communautaires et religieux, les organismes de la société civile, les médias, sans oublier le secteur privé; institutionnaliser, pour les quatre prochaines années, une semaine CARMMA annuelle de solidarité avec les femmes et les enfants d’Afrique;
  • renforcer le système de santé pour fournir des prestations intégrées et complètes en matière de soins de santé maternelle, infantile et néonatale, notamment par le biais des soins primaires de santé, du repositionnement du planning familial (y compris de la sécurité d'approvisionnement en produits de santé en matière de procréation), du développement des infrastructures et des ressources humaines compétentes pour former des travailleurs sanitaires des collectivités et ainsi atténuer les effets de la crise des ressources humaines dans le secteur de la santé;
  • assurer, en tant que gouvernements nationaux, une bonne gestion ainsi que la cohérence des politiques menées en mettant en œuvre des plans de santé intégrés au sein du plan de développement et en fixant des objectifs de santé intermaladies et intersectoriels, et coordonner les mesures multisectorielles et les partenariats interinstitutions;
  • soutenir fermement le partage et la multiplication des bonnes pratiques qui sont rentables et ont un impact élevé; demander en outre à la Commission de l'UA de cartographier ces pratiques et de les diffuser;
  • fournir des financements durables en améliorant la mobilisation des ressources intérieures, y compris atteindre les 15 % de la cible d’Abuja, ainsi qu’en mobilisant des ressources grâce à des partenariats public-privé et en réduisant les paiements remboursables grâce à des initiatives telles que la suppression des droits d’utilisateur pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans, et en instaurant une assurance de santé nationale;
  • demander à la Commission de l'UA, en collaboration avec des partenaires, dont le G-8, de mettre sur pied un mécanisme permettant aux États membres de l’UA d’accéder à ce fonds;
  • solliciter l’intervention du Fonds mondial de lutte contre le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose afin de disposer d’une nouvelle voie de financement dans le domaine de la santé maternelle, infantile et néonatale. Dans ce contexte, nous enjoignons aux partenaires du développement et aux bailleurs de fonds de reconstituer le Fonds mondial lors de sa réunion d’octobre 2010 et d’assurer que les nouveaux engagements sont affectés à la santé maternelle, infantile et néonatale. Nous appelons également à un accès équitable aux ressources du Fonds mondial pour tous les États membres de l’Union africaine;
  • mettre en place un cadre de suivi et d’évaluation robuste et fonctionnel au niveau national pour obtenir en temps utiles des données exactes et fiables en matière de santé maternelle, infantile et néonatale. Un tel cadre permettrait de surveiller les progrès par rapport à des indicateurs et des cibles de référence, de mesurer les performances relatives à la santé et de prendre des décisions et des mesures éclairées, et notamment de rendre possible la communication des décès maternels et d’instaurer l’examen des décès maternels.

Les chefs d’État s’engagent par ailleurs à rendre compte chaque année auprès de cette Assemblée des progrès réalisés et demandent à la Commission de l’Union africaine d’établir un groupe de travail de l’UA sur la santé maternelle, infantile et néonatale; ils s’engagent à étendre de 5 ans supplémentaires l’Appel d'Abuja sur l’accès universel, ainsi que le plan d'action de Maputo, pour les faire coïncider avec l’évaluation finale des OMD.

Quelles sont vos attentes à l’approche du 3e sommet UA/UE en novembre, et comment ce sommet sera-t-il reflété dans le 2e plan d’action du partenariat Afrique-UE sur les OMD?

Ce troisième sommet Afrique-Union européenne qui doit se dérouler en Lybie plus tard dans l’année se penchera sur les 8 partenariats thématiques qui traitent du développement, de la gouvernance et de la paix et de la sécurité du continent africain. L’un de ces partenariats concerne les OMD, avec pour objectifs clés un engagement accru parmi les États membres de l’UE et de l’UA à atteindre les OMD, ainsi qu’à réaliser des avancées concrètes, dans un premier temps, dans les domaines de la santé, de l’égalité des sexes, de l’éducation, de l’agriculture, de l’eau et de l’assainissement, et du handicap.

Compte tenu des résultats obtenus à l’issue du récent sommet de l’UA et de la réunion d'examen de l’ONU sur les OMD, on peut s’attendre à ce que la santé maternelle et infantile se voie accorder une haute priorité dans le 2e plan d’action et que diverses activités soient entreprises pour permettre à l’Afrique d’atteindre les cibles 4, 5 et 6 des OMD.