Lancement officiel de l’Observatoire ACP sur les migrations

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Lancement officiel de l’Observatoire ACP sur les migrations

Thursday, 28 October, 2010

L’Observatoire ACP sur les migrations a été lancé au cours d’une cérémonie officielle qui a réuni à Bruxelles, du 25 au 27 octobre, plus de 400 représentants des pays ACP et de l’UE, d’instituts de recherche, de chercheurs privés, d’organisations de la société civile et d’agences des Nations unies. L’inauguration s’est déroulée en présence de S.E. Dr. Mohamed Ibn Chambas, secrétaire général du groupe des États ACP, d’Andris Piebalgs, commissaire européen en charge du Développement et de S.E. William Lacy Swing, directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations.

La mise en œuvre de l’Observatoire intervient dans le cadre du 7ème partenariat Afrique-UE sur la migration, la mobilité et l’emploi qui vise notamment, à améliorer la gestion des flux migratoires. Ce partenariat a déjà permis l’ouverture, au Mali, d’un Centre d’information et de gestion des migrations et l’adoption d’une Facilité intra-ACP pour les migrations qui doit contribuer à intégrer les questions migratoires dans les politiques de développement des pays ACP. La Facilité agit sur trois composantes interdépendantes : la création d’un Observatoire sur les migrations, le renforcement des capacités institutionnelles des six régions ACP en matière de migration et le renforcement des capacités de la société civile des pays ACP à participer au dialogue sur ce thème.         

«La création de l’Observatoire ACP sur les migrations répond au constat fait par les pays ACP quant à l’importance des réalités migratoires à l’intérieur de l’espace ACP», explique Laurent de Boeck, directeur de l’Observatoire.

«Ces pays ont remarqué que les études sur les flux migratoires Sud-Nord ont eu tendance à limiter l’attention portée aux mouvements entre pays en voie de développement, pourtant plus importants dans de nombreuses régions ACP.

Les migrations ACP se déroulent encore aujourd’hui dans des circonstances qui affectent négativement tant les migrants que les pays. Pourtant, elles présentent un potentiel important pour le développement. L’Observatoire a été créé pour réunir les données nécessaires en vue de limiter l’impact négatif des migrations Sud-Sud et de profiter de leur contribution potentielle au développement humain, économique, social et culturel.»

Vers une approche plus équilibrée du phénomène migratoire

La création de l’Observatoire s’imposait d’autant plus que les données sur les mouvements Sud-Sud sont rares et souvent peu fiables. Pourtant, les flux migratoires issus des pays ACP, loin de se diriger prioritairement vers les pays du Nord, ont d’abord tendance à s’adresser aux centres économiques régionaux.

Les données disponibles indiquent que 70% des migrants subsahariens (17,5 millions) émigrent à l’intérieur de leur région, 16% (2,8 millions) vont en Europe (UE, Norvège, Suisse) et 5% en Amérique du Nord (Canada, USA, Mexique). Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, les résidents originaires des pays ACP ne représentent que 9% du total des étrangers («Rapport 2011 sur la mobilité humaine. Migration et développement humain dans les pays ACP» -  Secrétariat du groupe ACP).

«La question migratoire est devenue, depuis 5 à 6 ans, prioritaire dans l’agenda politique européen et suscite des discussions animées entre l’UE et ses partenaires ACP mais jusqu’ici, elle était toujours abordée sous l’angle Sud-Nord», reconnaît Koos Richelle, directeur général d’EuropAid, à la Commission européenne. «Suite à la demande de la partie ACP, nous avons compris la nécessité d’avoir une approche plus équilibrée et de prendre en compte le phénomène de la migration Sud-Sud».

«Les flux migratoires entre pays ACP existent depuis toujours et continueront encore longtemps. Le travail de l’Observatoire doit permettre de mieux appréhender et comprendre le phénomène, au bénéfice tant des États ACP que des migrants», insiste S.E. Dr. Mohamed Ibn Chambas, Secrétaire général du groupe des États ACP.

Créé à l’initiative du Secrétariat des États ACP et placé sous sa responsabilité, l’Observatoire est mis en oeuvre par l’Organisation internationale pour les migrations et financé par l’Union européenne, avec un soutien financier de la Suisse. Le budget total du projet s’élève à 9 404 776 euros. L’UE y contribuera à hauteur de 7 994 060 euros.

«L’Observatoire est inclus dans la Facilité intra-ACP pour les migrations. Alors que de nombreux débats s’organisent aujourd’hui sur les liens entre migration et développement à un niveau global, le Secrétariat des États ACP a estimé qu’un Observatoire, par ailleurs suggéré dans de nombreuses assises sur le développement y compris le Forum Mondial sur la Migration et le Développement, serait utile au renforcement des capacités et de la compréhension des dynamiques migratoires Sud-Sud pour en tirer les meilleures leçons». (Laurent De Boeck)

Au sein de l’ensemble ACP, les migrations se déroulent souvent entre pays voisins et répondent à des motivations très diverses.

«Un des grands défis du travail de l’Observatoire est d’appréhender les réalités des migrations dans les régions ACP en ce qu’elles ont de variées, tout en dégageant des possibilités de partager des expériences communes. Les facteurs qui motivent les migrations ACP incluent la recherche de travail, les conflits ou catastrophes naturelles, des mouvements traditionnels transfrontaliers ou les changements climatiques, en particulier dans le Pacifique et la zone du Sahel.

Tout en étant pleinement conscients de leur diversité, l’Observatoire cherche à trouver des jumelages qui permettent le partage d’expériences entre pays ACP. Ainsi, la gestion des flux internes et la relocalisation des personnes déplacées suite aux éruptions volcaniques en Papouasie-Nouvelle-Guinée en novembre 2004 permettent, par exemple, de tirer des leçons applicables dans d’autres régions ACP susceptibles d’être touchées par des catastrophes naturelles similaires. De même, des expériences peuvent être partagées en termes de gestion des migrations professionnelles, comme c’est le cas en Afrique de l’Ouest ou dans les Caraïbes, par exemple.

Il s’agit aussi de repérer les signes susceptibles de définir l’immigration de demain.

Les indices montrent par exemple une tendance vers une féminisation croissante des flux migratoires et une importance de plus en plus forte des phénomènes climatiques. Ces enjeux pourraient définir en partie les migrations de demain et devraient faire l’objet d’un travail en profondeur.» (Laurent De Boeck)

L’Observatoire pourra aussi contribuer à lutter contre la discrimination à l’encontre des immigrés.  

«Certains pays ACP, comme par exemple la Côte d’Ivoire, le Nigéria, l’Afrique du Sud ou la République Dominicaine ou encore Trinidad-et-Tobago, jouent un rôle relativement fort d’attraction des migrants de leurs sous-régions. Dans le passé, certains pays à fort taux d’immigration ont connu des épisodes de discrimination, voire même de violence vis-à-vis des étrangers. L’Observatoire aura un rôle à jouer à ce niveau si les priorités dégagées par les pays et régions pilotes visent à prendre en compte cette réalité. Il pourra mener des recherches sur les causes profondes de ces discriminations et dégager des stratégies pour les réduire.» (Laurent De Boeck)

Douze pays pilotes

Pour réunir les données, fournir des outils aux décideurs politiques et développer la connaissance du grand public sur les questions migratoires, l’Observatoire vise à renforcer les capacités de recherche dans les pays ACP. Il introduit une approche novatrice à travers la création d’un réseau de collaborations entre agences ACP régionales et nationales, instituts de recherche et chercheurs privés. Dans un premier temps, l’Observatoire dirigera un consortium de 15 partenaires et ciblera son action dans douze pays pilotes, à savoir l'Angola, le Cameroun, la République démocratique du Congo, Haïti, le Kenya, le Lesotho, le Nigéria, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Sénégal, la Tanzanie, le Timor-Leste et Trinidad-et-Tobago. 

«Nous avons choisi, dans les six régions ACP, les douze pays les plus concernés par les flux migratoires» explique Dr. Mohamed Ibn Chambas.  «Par la suite, l’Observatoire englobera progressivement l’ensemble des pays ACP.»

L’objectif est d’établir une plateforme d’échanges de référence sur la thématique des migrations Sud-Sud.

L’Observatoire fonctionne avec une unité centrale de gestion sous la supervision d’un directeur et des points focaux situés dans les pays pilotes. Il conduit actuellement une révision de toute la documentation existante relative aux flux migratoires dans ces douze pays. Des comités consultatifs y ont été établis pour dégager les priorités en termes de recherche. Sur base de ces informations, l’Observatoire lancera des études et travaux de recherches avec la collaboration de chercheurs, des gouvernements et de la société civile.

Le projet prévoit la mise en place d’un mécanisme d’échanges d’information, de collecte de données et de rédaction de recommandations à travers les régions ACP. Le site Internet www.migrationacp-obs.org permettra l’enregistrement en ligne à toutes les personnes intéressées par la production ou l’utilisation de données relatives aux migrations Sud-Sud (chercheurs, agences gouvernementales ou régionales, institutions de recherche, organisations de la société civile ou autres.)

Actuellement installé à Bruxelles, l’Observatoire ACP sur les migrations sera déplacé dans les prochaines années dans un pays ACP.

Lire le rapport complet.